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"JEAN RENAUD-DANDICOLLE (1923
- 1944)"
Un essai de reconstitution des
années 1940-1944.
par Thierry Montouroy
mise à jour du 15/09/2009
T. Montouroy a entrepris depuis deux ans maintenant
la rédaction d'un document présentant l'activité
de Jean Renaud-Dandicolle pendant les années 1940 - 1944. Ce
document est destiné, à l'origine, à la famille
de Jean auquel il est apparenté par sa mère, l'une de
ses cousines germaines.
pour tout contact : thierry.montouroy@wanadoo.fr
AVERTISSEMENT
Ce texte était à l'origine
destiné à la famille de Jean Renaud-Dandicolle qui demeurait
dans l'ignorance de sa vie et de son action entre 1940 et 1944. Le document
qui suit s'efforce d'y remédier à partir de ce qui a été
publié dans des ouvrages, publications, revues ou articles trouvés
sur Internet consacrés à la Résistance. Il est
enrichi par des documents d'archives accessibles au public, des archives
privées et par des témoignages. Tous les emprunts sont
indiqués dans le texte et repris dans une bibliographie en fin
de texte.
õ õ õ
(1)
Ce document n'a pas la prétention de réécrire l'histoire
du Maquis de Saint-Clair. Il est rédigé sur la base des
documents consultés jusqu'au 07/03/2009. Un certain nombre de
recherches reste à effectuer.
L'intitulé des grades anglais
est volontairement laissé dans cette langue.
Les citations sont en italique.
Les traductions des textes anglais sont de mon fait.
A BORDEAUX ET DANS SA REGION
Jean termine ses études secondaires
en juin 1940 au Lycée de Bordeaux-Longchamps : une dispense d'âge
aura été nécessaire pour qu'il puisse passer son
baccalauréat. Il entreprend en novembre des études de
Lettres et de Droit à l'université de cette ville : il
sera bachelier en Droit le 11 juillet 1942 et licencié es Lettres
le 9 octobre de la même année. Il parlait l'anglais, l'allemand,
l'italien, le polonais et le tchèque. Il se destinait à
une carrière politique et diplomatique .(2)
Selon R. Ruffin(3)
, Jean est engagé dans la Résistance bordelaise
au sein du réseau " Jade "(4)
de Roger Landes et Claude de Baissac (5)
. Cette appartenance est également indiquée dans
un article paru dans le journal Sud-Ouest du 10 décembre 1946.
En 1941, conjointement à ses
études, il débute l'action politique en distribuant des
tracts. S'agit-il de ceux qui sortent d'une imprimerie clandestine installée
à Sallebuf ? Selon des informations fournies par son père,
Jean a été arrêté quelques heures cette année-là
par la Gestapo à Bordeaux . (6)
Le dossier de Jean au SHAT contient
une attestation d'appartenance aux Forces Françaises Combattantes
datée du 17 mars 1950. Celle-ci indique que les services de Jean
ont été pris en compte à partir du 1er janvier
1942. Il agit comme agent P2, chargé de mission de 1ère
classe.
Londres, par l'intermédiaire
du SOE, cherchera à implanter un réseau dans la région
bordelaise. Je ne parlerai pas ici des tentatives faites en 1940 et
1941. Claude de Baissac est parachuté le 30 juillet 1942. Il
entre en contact début 1943 avec une organisation locale rattachée
à l'OCM, celle d'André Grandclément dont il est
établi que Jean est l'un des principaux lieutenants.
Février 1943 : lors de l'instauration
du STO (le 16), Jean est chef de groupe(7)
. Il quitte définitivement à cette époque l'université
pour se consacrer uniquement à la Résistance (8)
. Le dossier de Jean à Londres le décrit comme chef de
groupe d'un maquis dans la région de Bordeaux dans le courant
du premier semestre 1943 (9)
. C'est en ce début d'année 1943 que le réseau
de Claude de Baissac, SCIENTIST, fusionnera avec le groupe O.C.M. de
Grandclément. SCIENTIST a des contacts avec des réseaux
en Corrèze, en Bretagne et à Paris. Claude de Baissac
fera un aller-retour en Angleterre du 18 mars(10)
au 14 avril 1943 : Londres s'inquiète des contacts qu'il a avec
les dirigeants du réseau PROSPER, mais il s'agit aussi d'entretiens
relatifs aux plans d'invasion. Il est accompagné de Francis Suttill
pour ce voyage. Dès son retour, les arrestations frappent les
membres de PROSPER et les allemands ne tarderont pas à connaître
l'organisation du SOE en France, y compris l'identité de Clause
de Baissac, les boites aux lettres, les dépôts d'armes(11)
.
Au cours de ce premier semestre 1943,
Jean devient l'assistant de Claude de Baissac
(12) . Ce fait n'est pas repris dans le livre de Guy
Penaud qui pourtant détaille le développement de la Résistance
dans la région bordelaise.
Lors de son débriefing en août
et septembre 1943, au retour de sa deuxième mission en France,
Claude de Baissac a fourni des indications sur l'organisation des réseaux
du SOE (13)
dont il avait la responsabilité. En dehors de l'organisation
formelle du SOE qui agissait déjà en liens étroits
avec l'OCM, il y avait des groupes indépendants : celui de Grandclément
alias Gérard qui a été absorbé par SCIENTIST
et celui de Jean D'Andicole (sic). Je cite ici le texte du rapport concernant
ce dernier :
" Ce jeune homme, qui est maintenant
dans ce pays [l'Angleterre] et qui a agi plus ou moins comme secrétaire
de David [Claude de Baissac], en charge de la gestion administrative
de la zone Sud, est également propriétaire d'une très
grande ferme près de Bordeaux et est étudiant à
l'Université de Bordeaux. Il a un groupe d'environ 500 hommes,
recrutés pour partie parmi les étudiants à Bordeaux
et pour le reste parmi le personnel de sa propriété. Il
a un terrain de réception et, jusqu'à son départ
pour l'Angleterre, a dirigé son groupe de manière autonome.
"
Ce terrain de réception se trouve
dans le contrebas du moulin à vent à proximité
du Grand-Puch, au lieu-dit La Carpeyre (14)
. Je ne sais pas si il a été homologué par la RAF.
Juillet 1943 : selon R. Ruffin (15
)encore , Jean est envoyé à Londres
à l'automne 1943 pour y acquérir une formation dans le
cadre des équipes " Sussex " entraînées
par le S.O.E. Dont acte. Il est à noter que selon MRD Foot, dans
son ouvrage 'SOE in France' (16),
les équipes " Sussex " n'ont rien à voir avec
le S.O.E. : elles étaient activées par les services de
renseignements britanniques (M.I.).
A l'opposé de cette démarche
volontariste de ses chefs l'envoyant à Londres pour y acquérir
une formation, Guy Penaud, dans ses 'Chroniques secrètes de la
Résistance dans le Sud-Ouest' décrit Jean obligé
de fuir la région et la France après l'interrogatoire
de son père par le commissaire Poinsot du SAP (17).
Jean est présenté alors comme l'adjoint de André
Grandclément. Lors d'une dénonciation, Jean est nommé
comme étant le " Commandant Renaud ". Au cours de son
interrogatoire par le commissaire Poinsot, André Renaud-Dandicolle
indique que son fils est en déplacement à Marseille alors
que, en fait, il se cache au château du Grand-Puch à Saint
Germain du Puch dans l'Entre-deux Mers (18).
Lors de cette période, le domicile
sera perquisitionné à plusieurs reprises, son père
emprisonné au fort du Hâ et sa mère à la
Prison Militaire de la rue de Pessac, à Bordeaux.
(19)

Le château du Grand-Puch à Saint Germain du Puch dans
l'Entre-deux Mers
Jean, en fuite, était arrivé
au Grand-Puch, la Gestapo sur les talons. Il fut caché par le
personnel dans le chai aux barriques, dans un placard situé dans
l'épaisseur du mur. Ce placard abritait la réserve d'étiquettes
à utiliser lors des mises en bouteilles, ce qui ne s'était
pas produit depuis plusieurs années. Tout l'art avait été
de l'y introduire sans endommager les toiles d'araignées, les
coulures de salpêtre et de plâtre, et sans laisser de trace
au sol. La Gestapo perquisitionnera l'ensemble de la propriété
mais ne le trouvera pas .(20)
Le déroulement des évènements
peut être ainsi résumé à partir des ouvrages
de Guy Penaud et de René Terrisse :
o Fin juin - début juillet 1943, des jeunes sont arrêtés
alors qu'ils cherchent une filière pour échapper au
STO. Ils sont remis aux services du commissaire Poinsot, chef de la
Section des Affaires Politiques plus connue sous le nom de SAP. Au
cours de l'enquête qui s'en suit, plusieurs arrestations sont
opérées et les interrogatoires permettent au SAP de
découvrir l'organisation mise en place par Grandclément.
o Le 24 juillet, au cours d'un interrogatoire, le nom de Renaud-Dandicolle
est prononcé. Il est procédé à l'arrestation
de André Renaud-Dandicolle, consul général du
Nicaragua. Il est aussitôt relâché car il y a confusion
avec son fils, soit disant à Marseille. Le SAP remontera ainsi
toute la filière jusqu'à Grandclément et son
cabinet d'assurances dans lequel sont conservées des polices
d'assurance-vie au nom des membres du réseau. Ce même
jour, il sera procédé à une perquisition des
bureaux de Grandclément.
o Jean sera à nouveau cité lors d'interrogatoires comme
étant l'un des chefs du réseau .(21)
o Parallèlement à ces
évènements, à la suite du parachutage de Verteuil-l'Agenais
dans la nuit précédente, trois résistants sont
arrêtés le 23 juillet et transférés le
2 juillet à Bordeaux où ils sont remis par les gendarmes
à la Gestapo .(22)
o Les interrogatoires qui suivent provoquent à partir du 25
des arrestations en Gironde, Charente et Charente-Maritime, Vendée,
Deux-Sèvres.
o La Gestapo remonte également la piste de Grandclément
et de son cabinet d'assurances. SAP et Gestapo travaillent en concurrence
sur cette affaire
o 26 juillet 1943 : interrogatoire de certains des résistants
arrêtés par la Gestapo. Il est à nouveau fait
mention de Jean, un lieutenant de Bernard [Grandclément].
o 30 juillet, arrestation de Madame Grandclément lors de son
retour de Paris.
A la suite de ces évènements,
Jean quitte la région bordelaise pour gagner Paris. De là,
il ira en Bretagne à Rennes, Brest et à Pleyben où
il passe quelques heures fin juillet et à nouveau le dimanche
15 août en compagnie de sa fiancée. Il a signé "
Jean Guénedec " le télégramme annonçant
son arrivée . (23)Il
regagne Paris où, après diverses péripéties,
il retrouvera Claude de Baissac et sa sur Lise sur le départ
pour l'Angleterre. Ainsi tous les principaux responsables, complètement
brûlés, sont en fuite.
A l'appui de cette version des faits
présentant Jean obligé de fuir, je résume ce qui
est transcrit dans les rapports d'interrogatoires de C. de Baissac lors
de son retour en Angleterre après août 1944 :Bernard
Grandclément, rencontrant Claude de Baissac à Paris, lui
demande d'emmener Jean à Londres car il souhaite qu'il ne lui
arrive rien de fâcheux .(24)
Cela se passait quelques jours avant le retour de madame Grandclément
à Bordeaux, le 29 juillet, et son arrestation.
Les de Baissac quittent la France dans
le cadre de l'opération 'Diplomat' par un Lysander du Squadron
161 dans la nuit du 16 au 17 août 1943 avec Nicholas Bodington
qui venait de faire une tournée d'inspection. Cet avion, arrivé
à vide, est piloté par Hugh Verity. Le départ a
lieu sur le terrain 'Torticolis' situé au nord de Tours .(25)

Juillet - août 1943, en Bretagne (26)
Selon le témoignage de Monsieur
Marcel Jaurant-Singer qui a rencontré Jean à plusieurs
reprises, Jean pourrait avoir quitté la France le 18 août,
mais d'autres informations laissées par Jean placent ce départ
dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 août à bord d'un
Hudson emportant dix personnes dans le cadre de l'opération 'Dyer'
sur le terrain 'Achille' situé au nord-est d'Angers, à
1,5 kilomètre au sud-est de Soucelles. L'ouvrage d'Hugh Verity,
qui donne ces dates, met J.L. de Ganay à la place de Jean. MRD
Foot, dans son ouvrage 'SOE in France', pages 262 et 266, fait mention
de cette opération préparée et organisée
par H. Déricourt. MRD Foot cite huit des dix personnes qui sont
emmenées, mais ni JL de Ganay ni Jean ne sont nommés.
Par ailleurs, dans un article préparé sur Jean paru dans
Wikipedia, Fabrice Dury, se basant sur l'ouvrage d'Hugh Verity (28),
indique qu'il n'y a eu qu'un seul pick-up dans la nuit du 19 au 20 août
: l'opération 'Chapeau' sur un terrain situé au nord/nord-est
de Villefranche-sur-Saône. Les deux agents emmenés ne sont
pas nommés.
Alors, Angers ou Villefranche-sur-Saône
?...
Il est intéressant de noter que,
par un concours de circonstances, Claude de Baissac et Jean oeuvreront
ensemble en Normandie. En effet, Claude de Baissac devait repartir dès
octobre 1943 pour Bordeaux afin de reconstituer son réseau démantelé
par les allemands dans les conditions que l'on sait. Les anglais s'opposeront
à ce retour pour des questions de sécurité , Claude
de Baissac étant complètement grillé dans cette
région. Puis les mauvaises conditions météo retardèrent
son retour jusqu'en février 1944 (29).
Face à ces reports de missions, peut-être les deux hommes
ont-ils demandé à travailler ensemble
EN ANGLETERRE
La présence de Jean en Angleterre
est attestée le 20 août 1943 par divers documents contenus
dans son dossier individuel déposé aux National Archives
à Kew. Celui-ci précise " P.T.C. 20.8.43 ",
dont la signification pourrait être 'passed through control' et
constituer une indication sur la date de la prise en charge de Jean
par le S.O.E.
Il semble avoir passé les premiers
jours à Londres avec les de Baissac, mais sera rapidement récupéré
par les autorités anglaises pour être envoyé à
Patriotic School pour être interrogé par Scotland Yard
et le M.I.5 (30).
Ces interrogatoires peuvent durer plusieurs jours : Jean sortira de
Patriotic School le samedi 28 août en même temps que Monsieur
Jaurant-Singer (31)
. Le dossier de Jean contient la mention 'N.R.A. 9.9.43 (M.I.5 and C
only). Cette mention pourrait signifier que rien n'a été
retenu contre Jean à son entrée en Angleterre et son intention
de servir au sein du S.O.E. Un tel délai pourrait être
expliqué par le fait que Jean est arrivé sans avoir été
au préalable interrogé par un service britannique, et
sans aucun certificat de naissance ou autre susceptible de justifier
son identité réelle : dans une fiche référencée
A.G.12(b) faisant office de demande de candidature pour le M.O.1. (S.P.),
il est précisé que venant d'entrer récemment dans
ce pays, Jean est dans l'impossibilité de fournir les deux lettres
habituelles de référence ni de produire un certificat
de naissance. Il établit des certificats de remplacement qu'il
signe lui-même. Ce document du M.O.1.(S.P.) est daté du
20 octobre 1943 et demande la prise en charge effective à compter
du 8 octobre, date de la fin du stage à Brickendonbury. Jusque
là, les de Baissac sont susceptibles d'être les répondants
de Jean, ainsi que, peut-être, Nicholas Bodington si celui-ce
avait rencontré Jean lors de sa tournée française.
Il loge dans un hôtel du quartier
de Kensington Gardens à Londres (32),
plus précisément 43-44 Kensington Palace Mansion, Vire
Gardens(33)
. Monsieur Jaurant-Singer raconte que Jean a emporté une collection
de timbres à l'effigie du Maréchal Pétain. La vente
de ces timbres permettra à Jean d'acheter et offrir un bracelet
en or à sa fiancée.
En tout état de cause, son entraînement
commence immédiatement, dès le début de septembre.
Il semble avoir signé son contrat
d'engagement dans l'armée anglaise le 20 septembre 1943. Son
identité dans l'armée anglaise est John Danby, matricule
297762(34)
. Tous les éléments du dossier relatif à son identité
donnent " Churchill " pour nom de jeune fille de sa mère
. (35)
Septembre 1943 : stage STS 17 (36).
Il s'agit du centre de Brickendonbury Manor situé dans le comté
de Hertsford au nord de Londres. Ce centre d'entraînement est
dédié à la formation des futurs agents en matière
de sabotage de matériel industriel.

Photo tirée
de la plaquette de l'hôtel
Les commentaires suivants, en date du
8 octobre 1943, figurent dans son dossier personnel :
" Malgré sa jeunesse, cet étudiant aurait pu être
exceptionnel s'il avait pu suivre un entraînement complet. Il
est très intelligent, capable et entreprenant, et c'est dommage
qu'il n'y ait pas eu le temps de le former totalement.
Voies ferrées : une instruction complète a été
donnée pour les attaques de voies ferrées et de matériel
roulant, incluant la visite d'une rotonde et d'une gare de triage. A
une bonne compréhension du sujet et devrait faire un organisateur
('organiser') de première qualité. A réalisé
un très bon travail. Field Craft A.1.
" Matériel électrique : il n'a aucune connaissance
de ce qu'est le matériel électrique et devrait avoir eu
un cours de formation spécifique. Il lui a été
enseigné les méthodes habituelles de fourniture d'électricité
à une usine et comment l'attaquer, mais son manque de connaissances
était un handicap.
" Bateaux : pas d'information disponible sur cette partie de son
objectif. A eu les principes d'attaque des petits bateaux.
" Démolitions : bien, mais a besoin d'un entraînement
considérable pour la fabrication et la pose des charges.
" Armement : bien. Connaît bien ses armes, mais manque de
pratique dans leur utilisation. A le potentiel pour faire un tireur
de première force. "
8 octobre 1943 : il est nommé
2/Lieutenant par décision du 10 novembre 1943.
Novembre 1943 : stage STS 25c, achevé
le 1er décembre 1943. Jean s'est considérablement amélioré
dans l'utilisation des armes et la pratique des démolitions pendant
son bref séjour.

Photo tirée de la plaquette de la résidence.
Cette période d'entraînement,
qui dure de quatre à cinq semaines, s'est déroulée
en Ecosse, dans l'ouest du comté d'Inverness, au sud du village
de Morar où le SOE disposait de trois lieux d'hébergement
: Garramor, Camusdarach et Traigh House. Ce centre fut utilisé
jusqu'en mai 1943 pour la formation des agents tchécoslovaques.
Jean était à Traigh House.
Il s'agissait d'entraînement au combat rapproché, de donner
une endurance physique et psychologique aux futurs agents, d'apprendre
à réagir à des situations critiques, d'exercices
de tir, de topographie, de transmissions.
L'appréciation est la suivante
:
" Pendant les quelques jours passés au cours 27/AE/AF/OB
au STS 25c, cet étudiant a fait bonne impression. Il est un officier
très intelligent et capable, et soucieux de s'améliorer
dans tous les domaines. Bien qu'il possède une bonne connaissance
générale dans la plupart des domaines, il semble manquer
de connaissance dans les détails avec, pour conséquence,
de la confusion dans certains aspects du travail pratique. C'est particulièrement
notable en armement et entraînement aux démolitions. Cependant
il assimile facilement l'instruction et s'est considérablement
amélioré durant son court séjour. " (37)
Le 4 novembre, émission d'un
message personnel à la BBC : " Marie embrasse Septuagasine,
Gégé et Nyssia ". Il s'agit de ses parents, André
Renaud-Dandicolle et Germaine née Gurchy, et de sa grand-mère
paternelle qui avait pris en main son éducation classique et
philosophique. Ce message sera diffusé à nouveau en janvier
et avril 1944 (38).
Ils seront presque tous entendus par sa famille.

Itinéraire de Jean Renaud Dandicolle
Le 11 novembre 1943, Jean est à
Londres d'où il écrit à ses parents la lettre que
l'on sait. Il s'adresse également au curé de Saint-Germain-du-Puch(39)
.
Le stage en Ecosse est suivi de l'initiation
au parachutisme. Il n'est pas fait mention de cet entraînement
dans le dossier de Jean, du moins au vu des pièces en ma possession.
Nul doute, cependant, que Jean y ait suivi ce stage de une à
deux semaines, comme l'atteste un renseignement obtenu par son père
lors de son voyage à Londres : Jean s'était foulé
un pied lors de l'entraînement la veille de l'examen. Il se fera
soigné énergiquement avec des piqures pour pouvoir se
présenter à l'examen final qu'il passera avec succès
(40). Les
participants étaient logés à Altrinchal, Dunham
House, ou à Wilmslow, Fulshaw Hall situés près
de la base de Ringway, à proximité de Manchester. Après
l'apprentissage au sol, l'entraînement au saut se faisait à
partir de ballons captifs, puis d'avion. Six sauts étaient théoriquement
requis pour pouvoir partir en mission.
Une sélection était opérée
à l'issue de cette période de formation : certains suivaient
une formation spécifique d'opérateurs radio et de sécurité
des transmissions à Thame Park (41)
(Oxfordshire). Les autres allaient à Beaulieu House (Hampshire)
pour apprendre à être un 'organiser' ou un courrier (42).
Rien ne laisse supposer au vu des pièces de son dossier qu'il
est allé dans l'un ou l'autre de ces centres.
Jean réveillonnera en décembre
1943 chez les de Baissac qui demeuraient 5 Essex Court. Il sera également
reçu lors de ses permissions à Londres par Monsieur et
Madame Saint-Clair, appartenant eux-mêmes aux services spéciaux.
RETOUR EN FRANCE ET MISSION EN NORMANDIE
Janvier 1944 : le vendredi 28, Jean
quitte l'Angleterre pour la France.
Un article paru dans la revue 'Armes
& Militaria' (43)présente
la tenue de saut des agents du SOE. Avant de coiffer un casque de toile
forte qui portait un rembourrage pour protéger la tête,
l'agent en partance enfilait une combinaison de forte toile qui pouvait
être de couleur noire, camouflée (nuances de brun et de
vert) ou blanche. Cette combinaison avait de nombreuses poches dont
une dorsale pour y loger un coussin de protection pour le dos : les
agents étaient largués très bas (moins de 400 mètres)
et le parachute avait juste le temps de s'ouvrir pour ralentir la chute
avant l'atterrissage. Des agents ont été plus ou moins
sérieusement blessés de ce fait.
Les poches contenaient un couteau pour
couper les sangles du parachute pour le cas où l'agent resterait
accroché à un arbre, une pelle pour enterrer le matériel
de saut, une arme, une lampe et autres petits matériels. Les
jambes et les chaussures étaient protégées par
des sur-bottes car l'agent était en civil, et le saut ne devait
pas dégrader sa tenue. En cas de contrôle allemand lors
de l'acheminement de la zone de réception vers le premier relais,
rien ne devait laisser supposer que l'agent avait traversé des
champs ou des zones boueuses. Il était déjà difficile
de justifier pourquoi il se trouvait là à cette heure
Enfin, le harnais du parachute était
sanglé sur le tout : la voile était en général
noire, mais pouvait être également blanche ou camouflée.
Certaines sources (44)
indiquent que Jean a été parachuté fin janvier
- début février 1944 avec Maurice Larcher, son radio,
Claude de Baissac et Lise de Baissac. Le lieu du parachutage généralement
indiqué est la Mayenne. Ceci n'est pas exact.
Lise de Baissac, elle, sera déposée par un Lysander du
Squadron 161 le 9 avril 1944(45)
à Villers-les-Ormes au nord-ouest de Châteauroux (46).
Le retour en France (50)
se fait dans la nuit du 28 au 29 janvier 1944. Jean voyage avec
Jacques Poirier qui rejoint Henri Peulevé. Le point de largage
initial est un terrain proche de Marcillac-la-Croisille (Corrèze)
à 26 kilomètres à lest de Tulle. Pour une
raison qui nest pas claire, le pilote ne trouve pas le terrain.
Celui-ci décide de rejoindre le terrain Chénier,
environ 45 kilomètres plus loin, à la frontière
du Cantal et du Lot où se déroule au même moment
une grosse opération aérienne. Chénier
fait en effet office de terrain de secours dans ce genre de situation.
Trois avions de la mission Paul
9 et celui transportant Jean et Jacques Poirier se sont trouvés
simultanément au dessus du terrain. Au sol, il y a 82 containers
et huit agents ; lagitation est à son comble ! Jacques
Poirier passe une partie de la nuit à participer à la
récupération des containers et à chercher Jean
qui avait quitté le comité de réception. Il décide
de quitter la zone quil juge peu sûre. A 5 heures du matin,
lui et Jean sont en route pour prendre dans une gare de campagne, au
Rouget, le train qui les conduira à Brive où ils ont rendez-vous
à la société Bloc Gazo (51)
avec Henri Peulevé. Celui-ci doit donner à Jean une adresse
que celui-ci transmettra à Claude de Baissac lors de son arrivée
à Paris.
Le voyage pour Brive prend deux jours.
A leur arrivée, Jean et Jacques Poirier apprennent que leurs
cartes didentité ont été mal estampillées
par les services de Londres. De plus, Bloc Gazo est fermée.
Les deux hommes passent la nuit dans les collines car ils nont
aucun contact dans la ville et leurs papiers didentité
pourraient leur attirer des ennuis. Après deux jours et demi
passés dans la nature sans nourriture, sans effets pour se changer
car les affaires personnelles doivent arriver plus tard, ils trouvent
Bloc Gazo enfin ouverte. Le contact, Maurice Arnouilh, nest
cependant pas là. Jacques Poirier ne souhaite pas donner le mot
de passe à la personne présente sur les lieux. Exténué,
Jean donne la phrase code que par chance cette personne, en fait un
assistant de Maurice Arnouilh, connaît. Les deux hommes sont alors
logés et nourris en attendant quHenri Peulevé vienne
plus tard dans la journée. De son côté, Maurice
Arnouilh navait aucune information sur larrivée de
Jean et de Jacques Poirier puisquils étaient attendus à
Marcillac.
Jean sera pris en charge par la filière
Droit qui le conduira à Paris (52).
Claude de Baissac
(53) et Maurice Larcher sont largués le 10
février 1944 par un Halifax du Squadron 138, au nord-est d'Auch,
quelque part entre Montaut-les-Créneaux et Puycasquier. Ils réalisent
à l'arrivée que le matériel radio n'a pas été
chargé dans l'avion avant le départ
Jean a des papiers au nom de Jean-Marie
Demirmont, et vraisemblablement également au nom de Jean Larrue
(54). Il a
pour nom de code 'Verger', 'René' mais sera connu sous le nom
de 'Capitaine Jean'. Maurice Larcher (55)
a pour codes 'Vladimir' et 'Linesman'. Sa signature radio est 'Sari'.
Ses papiers sont au nom de Maurice Louis Langlade.
Jean est nommé Lieutenant le
22 février 1944 avec effet du 29 janvier 1944 : ceci confirme
que Jean est bien arrivé en France dans la nuit du 28 au 29 janvier.
La récapitulation de ses états de service mentionne "
Proceeded overseas 29.1.44 ".
Ses missions(56)
, qui s'inscrivent dans celle plus large dévolue à Claude
de Baissac ('Edifier une organisation en Normandie' dans les départements
de la Manche, Calvados, Orne et Eure-et-Loir) le conduisent donc à
Paris où il installe son QG, en Bretagne (57)
et en Normandie pour organiser des groupes de résistance et de
sabotage, et de stockage d'armes. Il a la charge de coordonner les groupes
de résistance dans le secteur de la Suisse normande, le bocage
virois et le sud de la Manche. Il doit diriger et centraliser sous son
autorité ces unités clandestines qui agiront sur les arrières
de l'ennemi lors de la consolidation des têtes de pont après
le Débarquement.
En attendant le rendez-vous avec Claude de Baissac, Jean noue les premiers
contacts qui seront la base de la nouvelle organisation et rencontre
à Paris Maurice Horvais, responsable adjoint du mouvement 'Résistance
PTT' qui l'aiguille vers Henri Le Veillé qui se trouve à
Caen et Ernest Pruvost qui avait quitté Paris le 17 décembre
1943 pour Villebaudon à la suite de la vague d'arrestations qui
avait frappé 'Résistance PTT' (58).
Le site de Beaucoudray (59)
cite cette rencontre : " En février, un officier de l'armée
anglaise en mission, Renaud DANDICOLLE (capitaine DANBY) a pris contact
à Paris avec Maurice HORVAIS. Il cherche des lieux propices à
un parachutage d'armes en Normandie. Celui-ci lui indique la présence
à Villebaudon, où ils sont réfugiés, d'Edmond
DEBEAUMARCHÉ et d'Ernest PRUVOST, responsables nationaux d''Action
P.T.T.'. Henri LÉVEILLÉ les rejoint. Des recherches sont
entreprises dans la région qui aboutissent trois mois après
au parachutage d'armes de Sainte-Marie-Outre-l'Eau, près de la
limite départementale avec le Calvados. PRUVOST a confié
à Mme LEBLOND née LHARDY, institutrice à Villebaudon,
le message " Aimer et vivre " convenu avec Renaud DANDICOLLE,
annonçant ce parachutage. ". Nous y reviendrons.

Sainte-Marie-Outre-l'Eau en juillet 2008
Il est difficile de dater les déplacements
de Jean pendant cette période et de les ordonner chronologiquement.
Certaines pièces de son dossier personnel sont en contradiction
sans qu'il me soit possible pour le moment d'arbitrer entre elles car
les évènements rapportés sont rarement datés.
Cette non datation se retrouve dans les autres dossiers consultés.
Le recours à la correspondance entretenue avec sa fiancée
permettrait de le localiser de temps à autre.
Jean semble avoir largement utilisé
le train pour ses déplacements : parachuté en France dans
la nuit du 28 au 29 janvier, il est dans les tous premiers jours de
février à Caen après être passé par
Paris
Il utilisera également l'autobus et beaucoup de bicyclette.
Le 3 février 1944 (ou le 5 )(60)
, Jean arrive dans le Calvados chez Henri Le Veillé, responsable
de 'Résistance PTT', chez lequel il passe une journée.
La phrase pour la prise de contact était " Je viens vous
parler de la loi de Kirkoff ". Jean demande à Henri Le Veillé
de constituer un groupe pour intervenir contre les allemands au moment
du Débarquement. Le lendemain, une ambulance vient les chercher
pour les conduire chez Madame Léa Vion, dite " la comtesse
", qui dirige depuis 1935 la maternité de Bénouville.
Elle et Henri Le Veillé mettront Jean en contact avec André
Le Nevez, mécanicien à Cesny-Bois-Halbout. Celui-ci se
mettra aussitôt sous les ordres de Jean (61).
Ce ralliement spontané est à
mettre au compte de la personnalité de Jean : l'ensemble des
personnes qui ont approché Jean et que j'ai pu rencontrer, et
les témoignages font état d'un charisme exceptionnel et
d'un caractère entier. Il est considéré comme une
icône de la Résistance, du courage, de l'audace et de l'engagement
moral. A quinze ans, il a déjà écrit une étude
sur Rabelais, et se consacrait en 1939 à la rédaction
de pensées philosophiques sur l'homme dans lesquelles il s'essaie
à révéler l'homme et sa nature, et à critiquer
la société actuelle.
Jean, profondément anti-communiste,
camelot du Roi, travaillera, sans arrière-pensée semble-t-il,
avec les réseaux et groupes de résistance des P.T.T. de
la région. Henri Le Veillé dira en 1984 que Jean était
quelqu'un qu'il fallait respecter(62)
.
Jean retourne ensuite à Paris
pour rejoindre Claude de Baissac et Maurice Larcher : la prise de contact
se fait vers la mi-février, Claude de Baissac montant à
Paris dès son arrivée. Jean est informé du succès
de leur parachutage par le message " Je ne fumerai plus les mêmes
cigarettes " diffusé par la BBC. A compter de la réception
de ce message, Jean devra se rendre à Notre-Dame de Paris, dans
la chapelle la plus voisine de l'autel à droite de la nef, pendant
dix jours en fin de matinée. D'autres dispositions sont prévues
si la rencontre ne pouvait avoir lieu dans ces conditions initiales.
Pendant ce temps, Maurice Larcher est
envoyé à Châteauroux rencontrer 'Hector' afin d'essayer
d'obtenir un poste radio. Le contact pris avec Jean à Paris,
Claude de Baissac reviendra à Châteauroux récupérer
Maurice Larcher et organiser son transfert vers Paris avec le nouveau
matériel. Il sera installé dans une maison sûre,
rue de la Convention, déjà connue de lui et Maurice Larcher
entrera aussitôt en contact avec Londres (63).
Il restera ainsi chez M. et Madame Mercier dont le commerce de parapluies
et sacs abritait les réunions quotidiennes de Claude de Baissac,
Jean et Maurice Larcher, ce dernier logeant chez les Mercier. Cela dura
jusqu'au 11 avril 1944. Claude de Baissac et Jean, quant à eux,
logeaient ailleurs et changeaient fréquemment de logement (64).
En cette période de la guerre,
il paraissait évident à Claude de Baissac que la plupart
des français souhaitant combattre avait déjà rejoint
la Résistance. Aussi concentra-t-il son action à la création
de nombreux groupes de combat dans sa zone. Il eut des difficultés
à faire valider par la RAF un certain nombre de terrains pour
les parachutages, en particulier dans la Manche, le Calvados, la région
parisienne et la vallée de la Seine. Il en est résulté
l'impossibilité d'armer certains de ces groupes et l'obligation
de restreindre son action à l'Orne et l'Eure-et-Loir. C'est dans
cet esprit qu'il créera et armera des groupes dans les régions
de Chartres, Loigny, Vire et le sud du Calvados. (65)
Début mars 1944, envoyé
par le Professeur Robert Leballe, professeur de droit civil connu sous
le nom d'Oncle Bob, Jean se rend chez le docteur Paul Janvier, responsable
OCM du groupe de Bais et du secteur de la Mayenne (66).
Au cours de ces quelques jours, il est hébergé chez le
docteur Janvier. Sa mission est de rechercher des terrains de parachutage
dans la région. Il est assisté du docteur Janvier et d'André
Deguin, un étudiant en Droit engagé dans la Défense
Passive à Paris qu'il avait été obligé de
fuir. C'est ainsi que le terrain du Mont du Saule sera par la suite
homologué(67)
. Jean rentre peu après à Paris rendre compte et reviendra
quelques jours plus tard avec Maurice Larcher (68)
et son matériel radio. Celui-ci entrera en contact avec Londres.
Le poste est alors caché sous le toit d'un hangar des prairies
de Marches, sur la route de Bais à Hambers (69).
Jean repart à nouveau à Paris.
Raymond Ruffin décrit (70)ainsi
cette période : " En mars 1944, les premiers parachutages
arrivent et le commandement de tout le secteur compris dans la région
: Vire, Saint-Lô, Condé-sur-Noireau, Vassy, Thury-Harcourt,
Bretteville-sur-Laize, est confié à l'un des agents du
SOE envoyé pour diriger cette opération : il s'agit de
Jean Renaud-Dandicolle [
] ". Jean va prendre en main les
groupes de Bretteville-sur-Laize, Condé-sur-Noireau, Cesny-Bois-Halbout,
Barbery, Saint-Pierre-sur-Dives, Pont-d'Ouilly, Argences, Troarn. L'origine
de ces groupes est ancienne :
o A Barbery, Jean Foucu était en contact depuis 1941 avec les
services spéciaux anglais ;
o A Cesny-Bois-Halbout, André Le Nevez est en relation avec l'Intelligence
Service, puis en 1943, forme un groupe affilié à l'OCM
;
o A Bretteville-sur-Laize, André Masseron crée en 1941
un groupe affilié lui aussi à l'OCM.
Le regroupement de ces groupes donnera
naissance au maquis de Saint-Clair, code 'Verger' : les groupes de J.
Foucu et de A. Le Nevez se réuniront les premiers en avril et
seront rejoints le 10 juin par celui de A. Masseron (71).
Bien que reconnaissant l'autorité de Jean, les groupes de Villebaudon,
Montchamp, Montchauvet et Beaucoudray resteront indépendants
du Maquis de Saint-Clair.
A côté de ces deux maquis,
Saint-Clair et Beaucoudray (72),
quatre corps francs sont constitués. Jean aura deux PC : l'un
à Saint-Clair, l'autre à Ciral au nord-ouest d'Alençon.
Saint-Clair est situé dans une
région appelée la Suisse normande. Cette région,
vallonnée et boisée, était utilisée par
les allemands pour monter à Caen : ils évitaient ainsi
les grands axes Caen - Falaise et Caen - Flers qui étaient très
dégagés et sous la surveillance de l'aviation alliée.

La Suisse Normande
en descendant vers Thury-Harcourt par la D 562 en venant de Caen
L'activité de ces groupes est
variée : renseignement, fabrication et fourniture de fausses
cartes d'identité aux réfractaires du STO, pose de balises-radio
pour le guidage des avions, récupération d'armes, réception
de parachutages de matériel, assistance aux aviateurs alliés
en détresse et aux parachutistes en mission. Sur la base de leurs
informations, les pistes de lancement de V1 de la carrière des
Aucrais à Cauvicourt et celles de Quilly à Bretteveille-sur-Laize
seront bombardées. Il en sera de même d'un camp camouflé
de la Luftwaffe à Callouet et de divers cantonnements de la Wehrmacht.
Courant mars également, Claude
de Baissac reçoit l'ordre de Londres de s'établir dans
le nord de la Mayenne (73):
il établira son poste de commandement à Saint-Mars-du-Désert
où il s'installera effectivement en avril. Il n'en demeure pas
moins qu'ils continueront à circuler pour les besoins de leur
mission.
En mars encore, Jean entrera en contact,
par introduction de Maurice Horvais, avec M. Fillatre de Villebaudon
dans la Manche.
8 avril 1944 : nommé W/S Lieutnant
par décision du 31/03/1944 .(74)
10 avril 1944 : Jean rencontre à
nouveau le docteur Janvier. Il revient de Paris accompagné de
Claude de Baissac. Ils seront logés quelques jours plus tard
dans une ferme abandonnée à la Rosière, près
de Champgenéteux, à peu de distance de Bais. Ils seront
également fréquemment accueillis et logés par M.
Baguenard qui accueillera également le poste émetteur
.(75)
A cette même époque, Jean
reçoit l'ordre de Londres de se rendre en Normandie et de s'y
installer (76).
Cela semble en contradiction avec le compte-rendu de Claude de Baissac
à son retour de mission et avec une autre pièce de son
dossier personnel selon laquelle 'Scientist' (Claude de Baissac) scinda
juste avant le débarquement son réseau en deux en envoyant
'Verger' (Jean) et son opérateur radio 'Linesman' (Maurice Larcher)
travailler dans le Calvados et dans la Manche (77)
. Il semble cependant que Jean était plus spécialement
dédié aux départements du Calvados et de la Manche
dès son arrivée en France, et qu'il y ait fait un certain
nombre de déplacements avant son installation définitive.

Mayenne - Normandie en 1944
28 avril 1944 : au lieu-dit les Fieffes,
à proximité de Montchauvet, a lieu le premier des quatre
parachutages dont Jean aura la responsabilité. Ce parachutage,
annoncé par le message 'Chassez les loups sauvages', est destiné
au groupe 'Jean, Jacques et Lise', dirigé par Henri Schuh. Ce
groupe, rattaché au réseau SCIENTIST, a été
créé à la suite d'une visite de M. Girard (Armée
Secrète) et de Jean dans le but de constituer un dépôt
d'armes à l'intention des parachutistes qui seront largués
dans le secteur lors du Débarquement.
L'équipe de réception,
cinq personnes dont Jean, est insuffisante pour réceptionner
les 16 conteneurs, environ 5 tonnes de matériel. Deux conteneurs,
qui ont dérivé vers le village de Montchamp, ont échappé
à l'attention de l'équipe : ils sont découverts
le lendemain matin et signalés par un collaborateur à
la gendarmerie de Vire et à la Gestapo de Caen. Jean prend les
mesures nécessaires à la sauvegarde de ses hommes et de
l'armement parachuté dans la nuit. Il monte également
une opération de commando destinée à libérer
son chef de réception (Henri Schuh) qui a été arrêté,
mais la voiture qui le transporte tombe en panne (78)
. La Gestapo et ses séides français exerceront à
cette occasion des exactions sur la population de Montchamp.
1er mai 1944 : Jean participe dans la
nuit du 1er au 2 à la réception d'un parachutage avec
le réseau 'Navarre', au mont du Saule, au nord-est d'Hardanges
(79) . Message
"Le vin rouge est le meilleur". Deux tonnes d'armes sont ainsi
larguées vers 1 heure du matin ainsi qu'une jeune femme, Phyllis
Latour (80)
, alias 'Paulette', alias 'Geneviève', 'Lampooner' (81)
, qui sera la radio de Claude de Baissac (82)
. La réception est assurée par les équipes de Bais
et Hambers.
Claude de Baissac se plaint une nouvelle
fois de la mauvaise qualité des largages. Deux colis, dont la
valise de 'Geneviève' et 5 containers, sont manquants. Selon
le docteur Janvier, ces colis n'avaient pas été chargés.
9 (ou 10) mai 1944 : parachutage au
bénéfice du réseau 'Action PTT' de Saint-Lô
dirigé par E. Crouzeau. Le message annonciateur 'Aimer c'est
vivre' a été convenu entre Ernest Pruvost et Jean Renaud-Dandicolle
(83) . Trois
tonnes d'armes et du matériel radio sont réceptionnées
par Ernest Pruvost et le groupe Richer sur la lande de Landelles et
entreposées à Villebaudon et Saint-Lô. Les opérations
de réception et d'évacuation des armes seront délicates
car Rommel est en tournée d'inspection dans la région.
Jean reviendra à plusieurs reprises rencontrer les responsables
de ce réseau, accompagné de la miss anglaise'Paulette'
(84) .
12 mai 1944 : rencontre de Claude de
Baissac et de Jean avec Philippe Sergent du BCRA.
C'est le moment d'évoquer ici
l'épisode de la carte établie par l'état-major
allemand de Saint-Lô : cette carte mentionne les routes stratégiques,
les dépôts de munitions, d'essence, les terrains d'aviation,
les PC du Cotentin. Cette carte classifiée "ultra secret"
avait été dressée à l'occasion de la visite
de Rommel les 10 et 11 mai ; elle fut tirée à 8 exemplaires.
Les Ponts et Chaussées détiennent par inadvertance un
exemplaire (l'original) malgré la surveillance exercée
lors du tirage. Cette carte transita par le groupe de Torigni-sur-Vire
et fut remise à Jean Renaud-Dandicolle par E. Pruvost. La carte
parvint rapidement aux Alliés, car les points stratégiques
précisés furent pilonnés par l'aviation lors de
la bataille (85)
. Plusieurs officiers allemands seront fusillés à titre
de sanction.
18 mai 1944 : 'Le cerf-volant tire la
ficelle ; des écureuils ramassent des noix' (86)
. La lettre de reconnaissance est 'V'. Ce message annonce un parachutage
sur le terrain de la ferme Jousset.

Parachutages sur le maquis de Saint Clair
Des témoignages (87)
indiquent qu'il s'agit d'un terrain de la ferme Grosclaude, mais les
descriptions fournies situent le terrain au même endroit... Selon
l'historique du maquis de Saint-Clair (88)
, Jean commande l'équipe de réception qui prend en charge
cinq tonnes d'armes, munitions et explosifs. La présence de Jean
lors de cette opération n'est cependant mentionnée ni
par R. Ruffin (89)
ni par le site Beaucoudray (90)
. Le parachutage eut lieu vers 23 heures 30 : le champ utilisé
se situe entre la ferme Grosclaude au nord et la route de Bonnil
au sud.
Les opérations de réception
se faisaient sous la protection de trois équipes d'intervention
: l'une était postée à proximité du Belvédère,
tour de guet utilisée par les allemands pour surveiller la région,
prête à neutraliser le poste de garde qui y était
installé. Deux autres équipes étaient positionnées,
l'une sur la route de Bonnil, au coin sud-est du terrain, l'autre
à l'embranchement du chemin d'accès à la ferme
Grosclaude avec la route départementale.

Le belvédère (photo communiquée par L. Bertrand)
L'avion, un Lancaster, venait de Saint-Omer,
un village à quelques kilomètres à l'ouest, survolait
le terrain et allait virer au-dessus de l'église de Pierrefitte-en-Cinglais.
Il se présentait venant du sud, identifiait les signaux de reconnaissance
et larguait les containers quand il franchissait la route de Bonnoeil
(91) . Quelques
containers tomberont à moins de 400 mètres de cantonnements
SS . (92)
Une partie du matériel est cachée
à la ferme des Grosclaude chez lesquels Jean avait installé
son PC. La date de cette installation n'est pas clairement établie
: avant de venir chez les Grosclaude, Jean avait été hébergé
par la famille Abavent à Acqueville.
Jean poursuit l'unification des liaisons
entre les différents groupes de sa zone : il circule ainsi d'Acqueville
à Gacé, de Thury-Harcourt à Ciral dans l'Orne,
près d'Alençon, toujours sur la moto pilotée par
H. Lampérière.
20 mai 1944 : un dénonciateur
indique à la Gestapo le terrain du Mont du Saule. Le soir, circule
la rumeur qu'il y a des agents anglais à Champgenéteux.
Selon Claude de Baissac, cette situation résulterait de l'erreur
de parachutage du 1er mai suivie d'une dénonciation indiquant
à la Gestapo le lieu où se trouvent les agents anglais.
Ayant vu les parachutes dans une voiture de la Gestapo, Jean donne l'alerte
et s'enfuit [de la Rosière] avec Maurice Larcher et Phyllis Latour
au milieu de la nuit après avoir détruit le matériel
qu'ils ne peuvent emmener. Les recherches de la Gestapo resteront vaines
grâce à des sympathisants qui prétendront que cette
histoire de parachutistes anglais n'est qu'une rumeur (93)
.
Ils trouveront refuge à quelques
kilomètres de là chez les époux Guénoux
aux Champs à Trans. Le docteur Janvier, Baguenard et 'Alex' assureront
la récupération et le transfert du poste émetteur,
des accus, des armes et des effets personnels. L'opération sera
perturbée par une intervention de la gendarmerie de Bais lors
de la traversée de Champgenéteux. Les émissions
seront faites dès lors à partir des Champs. La fille aînée
de M. Guénoux fera fonction d'agent de liaison (94)
.
Claude de Baissac, qui était
en tournée, échappera à la souricière car
Jean réussit à le prévenir alors que Claude était
entre deux trains en gare de Chartres (95)
.
Cette période de février
à mai 1944 est marquée par les déplacements incessants
que Claude de Baissac et Jean font séparément. Ils se
retrouvent régulièrement, mais la réussite de ces
rendez-vous n'est pas toujours garantie. Ainsi, Claude de Baissac raconte
qu'alors il attendait Jean qui était en retard, il remarqua quelqu'un
qui semblait s'attachait à ses pas. Trouvant la coïncidence
curieuse, il quitta la ville au plus tôt (96)
.
1er juin 1944 : diffusion des messages
de mise en alerte des réseaux. L'heure du débarquement
approche
Pour le réseau 'Scientist' dont dépend
le maquis de Saint-Clair, 'Une voix s'est élevée du vent
froid de la plaine' (97)
.
Jean s'est installé depuis quelques
jours chez Louis Abavent à Acqueville. Il y restera jusqu'au
4 ou 5 juin (98)
, date à laquelle il s'installera à Trompe-Souris, la
ferme des Grosclaude (99)
.
A ce même moment, ayant deux opérateurs
radio à sa disposition, Claude de Baissac décide de diviser
son réseau en deux : il donne à Jean la responsabilité
de la Manche et du Calvados vu l'excellent travail qu'il avait fait
dans ce secteur. Jean pourra ainsi rester en contact avec la tête
de pont après le débarquement. Son radio est Maurice Larcher
(100) . Un
autre compte-rendu d'interrogatoire, dans le même dossier, précise
que c'est la difficulté des liaisons qui a incité Claude
de Baissac à scinder son organisation.
3 juin 1944 : nouveau parachutage à
la ferme Jousset pour le maquis de Saint-Clair. Le message d'avertissement
et les dispositions prises sont les mêmes que lors du parachutage
du 18 mai. Il semble cependant que les gendarmes de la brigade de Pont-d'Ouilly
soient en protection sur la départementale 23. Jean est-il sur
place ?(101)
A l'inverse du parachutage du 18 mai, R. Ruffin mentionne la présence
de Jean, alors que l'historique du maquis de Saint-Clair ne fait pas
état de ceux qui étaient sur place . Selon G. Bernier,
Jean est à Acqueville chez la famille Abavent. Entre autres,
sont réceptionnés des fusils mitrailleurs, des radios,
un mortier et 500 kg de plastic. Tout est à nouveau entreposé
à la ferme Grosclaude. A ce matériel est jointe une enveloppe
contenant un million de francs qui sera remise à Jean (102)
. Cet argent fera beaucoup parler : Jean avertira Londres de la disparition
d'une partie des fonds. Le reste, qui était caché dans
l'étable de la ferme Grosclaude, ne sera pas retrouvé
après les évènements du 8 juillet.
Maurice Larcher transmettra des renseignements
militaires de grande valeur aux troupes alliées ; il enverra
111 messages en six semaines (103)
.
5 juin 1944 : diffusion des messages
personnels annonçant le débarquement. Pour le réseau
'SCIENTIST', ce sont "L'appel des laboureurs dans le matin brumeux"
(plan d'action rail), "Et l'on a rien perdu lorsqu'on garde l'espoir"
(plan routes), "Une tasse de thé quand la pluie tombe"
(route et guérilla) (104)
.
Les groupes O.C.M. et C.D.L.R. Calvados - Manche, avec Jean Renaud-Dandicolle,
participèrent aux sabotages [de voies ferrées] entre Caen
et Vire (105)
: destruction de la ligne Caen - Flers par un groupe de Saint-Clair
au lieu-dit 'La Halte-de-Grimboscq' dans la nuit du 5 au 6 (106)
: la voie fut détruite sur cinquante mètres. Egalement,
coupures de lignes téléphoniques, abattis. La nuit suivante,
du 6 au 7 juin, à 23 heures, sous le commandement de Jean, près
de l'étang de Meslay, attaque d'une colonne allemande venant
de Thury-Harcourt : le groupe est obligé de dégager sous
la violence de la riposte ennemie (107)
. Il n'y aura pas de représailles à la suite de cette
action : il n'est pas exclu que les allemands aient cru avoir affaire
à une troupe régulière.
Dans le même temps, une troisième équipe transportera
des armes et des explosifs à des francs-tireurs qui abattent
des arbres et harcèlent les moyens de communication de l'ennemi
au cours d'embuscades ou en utilisant des crève pneus.
Le Maquis de Saint-Clair poursuivra après le 6 juin ses activités
de harcèlement et de renseignement. Une mention spéciale
est portée au crédit de 'Verger' [Jean et le Maquis de
Saint-Clair] par le Major Bourne-Paterson dans son rapport sur l'activité
des réseaux en France : Verger envoie à partir de mi-juin
une série de renseignements extrêmement utiles d'un point
de vue tactique depuis la zone de Thury-Harcourt (108)
. Le groupe poursuit pendant quelques temps encore les opérations
de harcèlement jusqu'à ce que, la bataille se rapprochant,
la densité des troupes allemandes empêche toute activité,
hormis le renseignement.
Mi-juin, Jean se replie, sur l'ordre du commandement allié, sur
le Moulin-des-Loges, au sud de la route Falaise - Vire, pour en faire
une base d'opérations. La densité des troupes allemandes,
là également, et la réticence des maires du secteur
ne lui permettent pas de se maintenir sur place. De plus, la configuration
du site, encaissé et en cul-de-sac, rend la position indéfendable.
Jean revient presque aussitôt à Saint-Clair en ne maintenant
que l'ossature de ses groupes, le reste des effectifs étant envoyé
dans les fermes.
Lors du retour à Saint-Clair,
le groupe essuie des coups de feu en passant au niveau du Château
de Pierrefitte où venaient de s'installer de nouvelles troupes
allemandes, vraisemblablement un état-major. Le groupe se repliera
vers les bois de la Forestelle avant de regagner Saint-Clair. Il y aura
un blessé, M. Faucardel, qui sera évacué par ses
camarades et soigné par Mademoiselle Sépulchre de Condé,
infirmière. Est-ce cet accrochage qui a été magnifié
dans la citation d'attribution à Jean de la Military Cross, ou
les acteurs ont-ils minimisé les faits ? La relation des faits
est la suivante : " encerclé par une patrouille ennemie
avec quarante de ses hommes, il tint l'ennemi en échec pendant
48 heures et s'échappa en emmenant ses blessés. ".
Les armes abandonnées seront récupérées
deux jours plus tard. Le groupe chargé de cette récupération
suivra un itinéraire entre Tréprel et Pierrefitte-en-Cinglais,
avec une halte au Mont-Pitois. Ils seront accrochés par un détachement
allemand, mais sauvés par le passage inopiné d'un avion
anglais qui ouvrira le feu (109)
.
Dans le même temps, Jean poursuit le développement du système
des liaisons sur le secteur Caen, Troarn, Falaise, Le Theil, Frénouville,
Le Lion d'Or/Croissanville, Saint-Pierre-sur-Dives et sur tous les points
où le réseau avait des sources de renseignements (110)
. Déplacements en moto avec H. Lampérière. Au cours
de l'une de ces missions de liaison, Jean " démilitarisera
" deux hommes de l'armée russo-allemande de Vasslov.
25 juin 1944 : Jean rencontre à
la mine d'Urville Léonard Gille, président du Comité
Départemental de Libération, André Masseron de
Bretteville et les responsables des secteurs de Saint-Clair. Il est
décidé que la coopération sera étendue et
développée entre les groupes. A cet effet, les groupes
de Caen sont réorganisés et réarmés : des
armes sont prélevées sur les dépôts de Saint-Clair
pour être remises à l'Etat-Major OCM de Caen qui en était
démuni à la suite des arrestations et des bombardements
(111) .
Il semble que Jean ait cherché
à plusieurs reprises au cours de cette période, à
traverser les lignes pour entrer dans Caen en passant par l'est de la
ville (112)
. Il réussira à plusieurs reprises : il est à Caen
le 23 ou le 25 juin au PC de la Résistance (113)
, puis début juillet.
Une filière de passage de guides
pour les troupes alliées avait été établie
à Troarn par le gendarme Quellec : les guides étaient
recrutés au restaurant Pasquet au Lion-d'Or (114)
. La filière passe par les marais de Troarn. Jean et H. Lampérière
y échapperont de justesse, fin juin, à une souricière
de la Gestapo (115)
. Jean et Henri Lampérière s'échapperont en moto
sous le nez d'un agent de la Gestapo qui surveillait la maison Pasquet
et voulait procéder à une vérification d'identité.
Ils changeront ensuite les plaques d'immatriculation de la moto !
Jean rencontrera Claude de Baissac une
dernière fois fin juin. Sur le chemin de leur rendez-vous, ils
sont, chacun de leur côté, arrêtés par des
éléments de la Wehrmacht mais réussissent à
poursuivre leurs routes. Jean lui fait part, à cette occasion,
de la très forte densité de troupes allemandes dans son
secteur qui rend impossible toute opération de sabotage ou de
guérilla. La seule activité reste la recherche et la transmission
de renseignements sur les mouvements de troupes ennemies ainsi que d'objectifs.
Pour ces raisons, C. de Baissac dit à Jean et Maurice Larcher
de revenir avec lui (116)
.
Pour continuer sa mission, Claude de
Baissac avait planifié de se replier dans le sud de la Mayenne
et d'envoyer Jean et son radio dans l'Eure et l'Eure-et-Loir où
il avait des contacts par l'intermédiaire de 'Tangui', et où
Jean pourrait renouer le contact avec les anciens groupes créés
en début de mission. Ce plan ne sera pas mis en uvre du
fait de la mort de Jean et Maurice Larcher (117)
.
1er juillet 1944 : nommé Captain
à effet de cette date par décision du 01/08/1944. Il perçoit
une rémunération à ce titre (118)
.
Début juillet, après avoir
à nouveau traversé les lignes pour se rendre au PC de
la Résistance dans Caen, Jean et Henri Lampérière
manqueront à nouveau de tomber dans une souricière de
la Gestapo : prévenus alors qu'ils sont déjà dans
la ville, ils iront au contact mis en place en remplacement du PC de
la rue de Bayeux (119)
.
Début juillet, ou déjà
courant juin, une opération aéroportée alliée
est en cours de préparation : il s'agit de Helmsman, mission
organisée selon les exigences des généraux Bradley
et Patton. Pour en finir avec la bataille du bocage, il fallait percer
le front et, pour cela, avoir des informations fiables sur les arrières
allemands. Cette opération sera déclenchée à
partir du 11 juillet. Il s'agit de la mission Helmsman.
Jean participait-il à la préparation de cette mission
? S'agissait-il de la préparation d'une mission équivalente
sur le flanc est du front ? En tout état de cause, Jean avait
donné mission à Louis Jousset et Lucien Bernier de trouver
un terrain suffisamment important pour autoriser le parachutage d'hommes
et de matériel. Ce terrain sera trouvé au sud du haras
du Haut-d'Ouilly, et le 6 ou le 7 juillet, Jean vient rencontrer Lucien
Bernier pour constituer la nouvelle équipe de réception
(120).
Les groupes 'Action PTT' [Pruvost] doivent participer, à une
grande attaque qui doit être menée conjointement par plusieurs
formations de francs-tireurs dans la première quinzaine de juillet
sous les ordres du " Capitaine Jean " (Renaud-Dandicolle)
en liaison avec une violente offensive alliée. Dans la nuit qui
précédera celle-ci et qui doit être annoncée
aux maquisards par le message " Quelle ne fut la surprise "
transmis par la B.B.C., les forces résistantes auront en effet
à intervenir sur différents objectifs qui leur seront
communiqués la veille.
Malheureusement, la mort de Jean, le démantèlement du
maquis de Saint-Clair le 8 juillet anéantiront ce projet (121)
.
MRD Foot écrit sur cette période : " A l'opposé
[du flanc américain], sur le flanc britannique de 'Neptune',
de Baissac créa un sous-circuit à partir de 'SCIENTIST'
pour faire le même genre de chose [recrutement de volontaires
pour traverser les lignes]. Dandicolle ('Verger') le conduisit pour
un temps avec un succès comparable à celui d'Helmsman
; mais leur environnement était saturé d'allemands, et
le 7 juillet, lui et son opérateur radio - M.L. Larcher, frère
d'un 'Scullion' (122)
- étaient pris pendant une transmission, sortis avec leur équipement
et tués. " (123)
Il semble que la dernière transmission
de Maurice Larcher date du 5 juillet (124)
. Cela est en contradiction avec le texte de MRD Foot repris ci-dessus.
A cette même date, la note LSF/1311 déjà mentionnée
indique la transmission d'un renseignement sur la présence de
munitions à la mine d'Urville : s'agit-il de la dernière
transmission de Maurice Larcher ? S'agit-il également des munitions
allemandes qui avaient contraint le maquis de Saint-Clair de déménager
en catastrophe ses propres armes et munitions ?
7 juillet 1944 : Jean reçoit
de Londres l'ordre de se replier sur Bais dans la Mayenne (125)
. Jean se rend à Barbery chez Jean Foucu qui vient de rentrer
de mission avec un pilote canadien, Harry John Cleary (126)
. Jean Renaud-Dandicolle indique qu'il doit partir le lendemain pour
la Mayenne rejoindre l'état-major. La mission confiée
à Foucu consiste à préparer la réception
et le guidage de parachutistes britanniques qui doivent s'emparer des
routes de Falaise à Caen et de Falaise à Pont-d'Ouilly.
Le code est 'Le château d'eau déverse deux fois' et la
lettre de reconnaissance V (127)
. Il fait également ses adieux à la famille Abavent :
il ne reste pas dîner, mais dit espérer que Dieu lui prêtera
vie car " il y a beaucoup de choses à éclaircir "
(128) . Jean
rentre à Saint-Clair avec J. Foucu et J. Cleary. Ils passent
la soirée à la ferme Grosclaude autour d'un copieux dîner
et la nuit dans le grenier de la maison.
8 juillet 1944 : Henri Lampérière
et Raymond Ruffin ont une vision identique des évènements
puisque leur témoin est Jean Foucu. Le site de Beaucoudray reprend
le même récit de cette journée : au petit matin,
Jean et Foucu descendent du grenier quand surviennent deux allemands
dont un sous-officier. Celui-ci veut procéder à un contrôle
d'identité et constate que Foucu a une carte d'état-major
sortant de sa poche. Jean, voyant la scène, entre dans la maison
pour aller chercher ses papiers et revient avec un pistolet à
silencieux. Il tire et blesse l'allemand qui donne l'alerte, et abat
un deuxième qui survenait.
Jean, Foucu, Larcher et Cleary se dispersent
et prennent la fuite : Larcher et Cleary sont rejoints à près
de 500 mètres de la maison, au lieu-dit La Boissée, et
tués sur place (129)
. Jean Foucu réussit à semer les allemands. Jean fuit
sur près de deux kilomètres en direction de Pierrefitte-en-Cinglais
et est rejoint par les allemands lancés à sa poursuite.
Tentant de désarmer l'un d'eux, Jean et l'allemand roulent dans
le fossé. Ce dernier parvient à tirer un coup de révolver
dans la face de Jean. Il tombe face à terre puis se relève.
Couvert de sang, il semble parler normalement. Il est conduit vers le
champ des Grosclaude. Jean prétend à ce moment-là
être français (130)
.
Il passera la nuit au Château
de la Milvaudière et sera vu le lendemain, 9 juillet, dans une
voiture allemande roulant en direction de Martigny où la Gestapo
s'était repliée (131)
, installée dans la ferme de madame Bertin. C'est la dernière
fois que l'on verra Jean.
Les Grosclaude sont arrêtés
à leur tour et sont torturés (132)
. Leurs corps ne seront jamais retrouvés.
Une autre source, 'Les Amis de Jean-Renaud
Dandicolle' (133)
, indique que la ferme des Grosclaude fut investie par les allemands
et que, blessés, Jean, Georges et Eugénie Grosclaude sont
emmenés. Maurice Larcher et Cleary sont achevés sur place.
Seul Foucu a pu s'enfuir. Il figure dans les archives du Centre Jean
Moulin à Bordeaux une copie du " second récit de
Foucu " : selon ce texte non daté, Maurice Larcher aurait
été tué dans un corps à corps et Harry Cleary
abattu alors qu'il était encore dans le grenier.
Un ouvrage conjoint de Jean Quellien
et Jacques Vico (134)
indique pour sa part que l'attaque de la ferme Grosclaude n'était
pas fortuite mais organisée par les SS auxquels s'était
jointe la Gestapo de Caen, repliée à Espins, en la personne
de Herbert von Berthold (135)
. A l'appui de cette version, j'ajouterai que Louis Bertrand (136)
garde la certitude que le secteur de Saint-Clair avait été
bouclé.
Le Maquis de Saint-Clair cessera alors
son activité, J. Foucu et H. Lampérière n'ayant
pas réussi à prendre le contact avec les arrières.
La population n'aura pas à souffrir
de ces arrestations.
Le 23 juillet 1944, Saint-Clair est
sur la ligne de front.
L'ENQUETE
Le dossier militaire de Jean fait état
de nouvelles mentions concernant ses grades et statuts :
o 1 octobre 1944 : nommé T/Captain par décision du 26/9/1944.
Non rémunéré sur les fonds de l'armée (137)
.
o 8 mai 1945 : Jean est porté manquant depuis le 10 juillet 1944
(138) .
o 18 novembre 1945 : cesse d'être employé par le service.
La décision s'applique dès le 1/11/1945 (139)
.
Ceci étant, dès que la
situation fut stabilisée dans cette région de Normandie,
les parents de Jean cherchèrent à savoir ce qu'était
devenu leur fils. Ils firent deux déplacements en Normandie,
en novembre 1944 et en juillet 1945. A la suite d'informations en provenance
de Londres laissant espérer que Jean avait été
vu vivant en mai 1945, André Renaud-Dandicolle fit un voyage
en Angleterre en septembre 1945 (140)
.
Le 26 juillet 1944, une note au dossier
de Claude de Baissac établit que le commandant Gille a fait un
rapport sur la mort de Jean et de Maurice Larcher survenue au cours
d'une échauffourée (141)
.
Le 17 août 1944, le Captain J.N.
Clithroe procède à Tracy-Bocage à l'interrogatoire
de Alexandre Guerin, Eugène Ferdinand et Jean Paul Antoine. Le
compte-rendu peut se résumer ainsi (142)
:
o Ces trois hommes ont été interrogés ensemble,
Guerin étant le principal porte-parole. Le principal intérêt
de leur interrogatoire réside dans le fait qu'ils travaillaient
pour Jean (alias Verger) et Maurice (alias Vladimir, Sari). Ils ont
été capables de donner des informations sur l'arrestation
du premier et la mort du second.
o Les personnes interrogées ne connaissent pas le nom de leur
organisation. Leur chef immédiat est Leneuvez (143)
, et au-dessus il y avait Jean qui était en contact avec un colonel
à Jort (Calvados). L'agent employé pour cette liaison
était Jean Fouquieux [Foucu ?].
o Les activités au moment du débarquement : sabotage de
la voie ferrée à Grimboult, et quelques jours plus tard,
attaque d'une voiture allemande, tuant trois officiers et blessant un
NCO. Tentatives de créer des obstructions de routes, mais doivent
se réfugier dans le Bois de Saint-Clair. Ils y sont attaqués
par l'ennemi et Jean ordonne la dispersion.
o Au sujet de l'arrestation de Jean et de la mort de Maurice : Jean
et Maurice étaient dans une maison de la région de Saint-Clair
appartenant à Grosclaude. Celui-ci avait un voisin, un nommé
Tantzer, qui était en mauvais termes avec lui. Tantzer était
ami avec Neric, un flamand, et Raymond Jonne, deux collaborateurs notoires.
Les interrogés sont sûrs que c'est à cause de ces
personnes que les allemands sont venus à la maison Grosclaude.
En tout cas, vers le début juillet, un officier allemand et un
NCO sont venus chez les Grosclaude sous le prétexte de louer
une chambre. Jean, voyant qu'ils allaient dans la chambre contenant
les armes, tue l'officier mais le NCO réussit à s'enfuir
et donner l'alerte. D'autres allemands arrivent et un combat s'ensuit.
Maurice tue un allemand avec un couteau mais est lui-même tué.
Un canadien et une anglaise, dont on dit qu'elle est infirmière
(144) , sont
également tués. Jean réussit à s'enfuir,
est poursuivi, blessé à la joue et capturé. Il
est emmené par les allemands, et c'est la dernière fois
qu'on l'a vu. Il apparaît cependant qu'il maintenait qu'il était
un réfugié. Ces faits sont rapportés par un ami
des personnes interrogées qui n'était pas loin de la scène.
o Il apparaît aussi que Grosclaude et sa femme, qui étaient
dans leurs champs, ont été arrêtés à
leur retour par les allemands et maltraités. Ils ont dit qu'ils
ont été emmenés à Compiègne et non
tués.
André Le Nevez sera interrogé
le 18 août 1944 à Tracy-Bocage par le capitaine C.R. Strutt.
Son témoignage sur les évènements corrobore la
déposition d'Alexandre Guerin. Il précise que Tanzer est
le responsable de la dénonciation. Celui-ci était de nationalité
allemande et tenait un bistro à Saint-Clair depuis plusieurs
années. Il a été arrêté par les anglais
(145) . Il
sera relâché faute de preuves.
D'autres comptes-rendus d'interrogatoires
figurent dans le dossier de Jean, mais ils ne sont pas datés.
Parmi eux :
o Interrogatoire de Foucu : vers avril 1944, Foucu fut présenté
par un de ses hommes, Leneuvez, à Jean et Maurice. Ils se sont
installés chez les Grosclaude dont la maison devint le poste
de commandement de Jean et la station radio de Maurice. Foucu a assisté
à deux parachutages, le premier en mai et le second le 6 juin,
à Saint-Clair (message : Le cerf-volant tire la ficelle). Les
armes étaient distribuées aux groupes de Foucu et le reste
stocké chez les Grosclaude. Le témoignage de Foucu continue
sur l'arrestation [du docteur] Derrien à Argences, trois jours
avant le Débarquement, avant d'en venir à l'attaque de
Saint-Clair. L'attaque au cours de laquelle Jean a été
blessé et arrêté, et Maurice tué a eu lieu
le 7 juillet : à 8 heures, cinq allemands, des SS, sont venus
pour visiter la maison. Jean était à la porte et, après
une courte conversation, dit qu'il allait chercher ses papiers. Il se
précipite à l'arrière de la maison où il
se saisit d'un pistolet à silencieux. Les allemands le suivent,
leurs armes prêtes à tirer. Foucu et Maurice font des signes
à Jean par la fenêtre. Jean tire sur le premier allemand
et le tue. Foucu et Maurice se ruent hors de la maison et attaquent
les autres. Trois d'entre eux sont tués en silence, le cinquième
est blessé et appelle à l'aide, mettant en alerte d'autres
allemands dans un camp situé à seulement 350 mètres
de là. Le canadien rejoint les Patriotes et tout le monde prend
la fuite par des routes pré-arrangées. Foucu a vu Maurice
et Jean s'échappant ensemble dans une direction, mais ne sait
pas ce qu'il est advenu du canadien. Tandis qu'il s'échappe,
Foucu tue un autre allemand et réussit à s'enfuir. Ce
qui suit a été transmis par Bernier, beau-père
de Leneuvez, qui le tient d'un fermier nommé Jousset (membre
du groupe de Saint-Clair) : Maurice a été tué sur
le coup ; Jean a été grièvement blessé à
la joue, arrêté et vu dans une voiture allemande traversant
Pierrefitte ; le canadien passe pour avoir été tué,
M. et Mme Grosclaude sont arrêtés ; la maison a été
fouillée, le matériel radio, les armes et les explosifs
saisis ; deux français Neric et Janes (fermiers du voisinage)
et un tchèque, qui vivait près de là et travaillait
pour les renseignements allemands, a dénoncé les patriotes.
Le tchèque se nomme Tanzer.
o Interrogatoire de Gohin : il apparaît que Jean, Maurice, un
canadien de nom inconnu et Foucqueux se cachaient dans le Bois de Saint-Clair.
Ils étaient dans une maison appartenant à M. et Mme Grosclaude,
située à la corne du bois, et avaient eu une petite fête
quand cinq officiers allemands - un major, un capitaine et trois lieutenants
- sont entrés et ont demandé à voir leurs papiers.
Jean a prétendu aller les chercher dans la pièce voisine,
mais s'est saisi de son pistolet à silencieux et a tiré
sur l'officier allemand qui l'avait accompagné. Il est ensuite
revenu et a tiré sur deux autres officiers, et au cours du combat,
Maurice a été tué ainsi que le canadien. Jean et
Foucqueux s'échappent mais Jean est poursuivi. Un peu plus tard,
il est vu dans une voiture avec de gros bandages, emmené à
l'hôpital par les allemands. Gohin ne peut pas assurer la date
exacte, ni l'heure, de cet évènement, mais pense que c'était
le mardi ou mercredi précédant son voyage pour voir Marcel
(c'est-à-dire le 11 ou 12 juillet). Le propriétaire de
la maison, Grosclaude, et sa femme, étaient dehors à ce
moment-là, mais ils ont été arrêtés
à leur retour et Gohin pense que maintenant ils doivent avoir
été tués.
Certaines pièces du dossier personnel
(146) de Maurice
Larcher apportent quelques indications sur les évènements
du 7 ou du 8 juillet 1944 :
o Par suite d'une dénonciation par une personne inconnue, sa
maison fut attaquée par les allemands début août.
Lui, un aviateur canadien et les propriétaires de la maison furent
tués et enterrés près du Bois-d'Halbout (Questionnaire
signalétique en date du 20 mars 1945, fiche pro forma L.31 du
15 décembre 1945).
o Une pièce non datée indique qu'il était traqué
par les voitures radio goniométriques allemandes (147)
.
Mi-novembre 1944, un courrier émanant
du Chef du Cabinet du ministère des Postes, Télégraphes
et Téléphones fait état des propos d'un ami de
Jean (Jean Foucu ?) : " Jean -et un de ses amis- a pu s'enfuir.
Ce dernier, que j'ai vu ce matin, m'a dit qu'il avait été
fait prisonnier. Jean l'était également avec une blessure
à la mâchoire. Il a été dirigé vers
un hôpital des environs de Paris alors que son compagnon qui connaissait
particulièrement la région, réussissait à
s'évader. A sa connaissance, Jean ne figure pas parmi les morts
de la région. (148)
" .
Le 28 novembre 1944, le service pour
le rapatriement des prisonniers alliés lance un avis de recherche.
Il est émis à Bordeaux et est signé par le Captain
C. N. Grieve. Ce document, classé secret, figure dans le dossier
de Jean conservé à Kew. Je le transcrits intégralement
:
I- Il est ordonné qu'une recherche soit faite au sujet de la
personne suivante, connue pour avoir porté un nom anglais et
avoir agi en tant qu'officier anglais avec le rang de lieutenant. Son
nom et son numéro de régiment sont inconnus de ses proches
(M. et Mme André Renaud-Dandicolle).
II- Autres détails :
a. Son nom réel est Jean Renaud-Dandicolle, de nationalité
française et actuellement âgé de 21 ans ;
b. Il était un chef du maquis dans la région de Bordeaux,
qu'il a quitté à cause de la pression allemande en juillet
1943, a rejoint Paris et s'est échappé par avion vers
la fin d'août 1943 pour Londres où il est resté
jusqu'en février 1944.
c. Pendant son séjour en Angleterre, il a envoyé par radio
le message suivant à ses parents :
i. Les 4 et 8 novembre 1943 à 19 h 30 et 21 h 30 " Marie
embrasse Septuagasine, Gégé et Nyssia "
ii. Les 8 et 9 janvier 1944 à 19 h 30 et 21 h 30 : " Marie
embrasse encore Septuagasine, Gégé et Nyssia "
iii. Les 13 et 14 avril 1944 aux mêmes heures les mêmes
messages sont émis et reçus sur l'une des fréquences
de la B.B.C. ; (Septuagasine, Gégé et Nyssia étaient
les noms de code de ses proches)
d. Il est renvoyé en France par parachute en 'service spécial'
comme lieutenant, au début de février 1944 accompagné
d'un officier anglais (nom inconnu).
e. Il atteint Paris où il installe son quartier général,
se déplace en Normandie et Bretagne, afin d'organiser des groupes
de résistance et de sabotage et des stockages d'armes.
f. Il reçoit des ordres de Londres pour se rendre en Normandie
avec le Captain Maurice Langlade (alias français) - Maurice Larcher
(identité réelle anglaise) et un canadien Quenet (alias
français) - Harry Cleary (identité réelle anglaise).
Ils sont contactés par Jean Bart 'alias français) - Faucut
(identité réelle française).
g. Ils opèrent en Normandie depuis le début d'avril 1944
jusqu'au 7 juillet 1944 [et] à Pierrefitte, sud de Caen, depuis
le 6 juin jusqu'au 7 juillet 1944.
h. Le 7 juillet, ils ont reçu l'ordre de Londres de se replier
à Bais mais avant qu'ils aient pu exécuter ces instructions,
ils ont été surpris par les allemands. Larcher et Leary
ont été tués, Faucut s'est échappé
et Dandicolle a été blessé à la tête
(joue) et emmené dans un hôpital SS près de Paris
;
i. Une information a été reçue selon laquelle Dandicolle
a récupéré de sa blessure et emmené en Allemagne
comme officier anglais prisonnier de guerre.
j. Au moment de leur capture, ils portaient tous des vêtements
civils et (vraisemblablement) étaient en possession de faux papiers.
k. Des enquêtes poussées faites par ses parents en Normandie
et à Paris montrent que Dandicolle n'a pas été
tué en Normandie ; et le père a identifié les tombes
de Larcher et Leary. Aucune autre information fiable n'a été
reçue.
III- Comme cet officier était un chef du maquis, il a rejoint
les forces britanniques sous un nom anglais afin que ses parents ne
soient pas inquiétés au cas où il serait tué,
capturé ou identifié. Ses parents ont déjà
été emprisonnés par la Gestapo en raison de liens
possibles avec cet officier. Ils ont été ensuite libérés.
IV- Il est considéré que de par les activités de
cet officier et le fait qu'il était recherché par les
allemands, il ne devait pas révéler sa parenté
en aucun cas, la révélation de celle-ci pouvant provoquer
l'extermination de tous ses proches.
V- Les noms de ses proches sont :
Monsieur (et Madame) André Renaud-Dandicolle
Consul Général du Nicaragua
30 cours du Chapeau Rouge
Bordeaux
VI- Soyez aimable d'enquêter sur ce cas et suivre la trace de
cet officier qui a un pseudo anglais et par conséquent ce qui
est advenu, et d'aviser ses proches.
VII- Ses parents qu'en tant que prisonnier de guerre, il sera encore
moins enclin à communiquer avec quiconque afin de préserver
la sécurité de tous ceux concernés par cette affaire.
Lettre du 23 décembre 1944 de
André Renaud-Dandicolle à Claude de Baissac : document
à trouver. Mention de cette lettre dans le dossier de Jean au
SHAT
En cette fin 1944, le Roi George VI
remet la 'Military Cross' aux parents de Jean. A ce moment-là,
Jean n'est pas encore considéré comme mort. Cette reconnaissance
officielle viendra plus tard, en 1946.
Cette lettre est mentionnée dans
un document non daté proposant l'attribution de la Military Cross.
Ce document mentionne que, selon des informations fournies par André
Renaud-Dandicolle, Jean a reçu des soins médicaux et a
été vu pour la dernière fois au quartier général
de la Division SS Leibstandarte Adolf Hitler au Château des Cours
à Pierrefitte.
8 janvier 1945 : cette lettre est envoyée
par le colonel Buckmaster à André Renaud-Dandicolle en
réponse à un courrier du 23 décembre 1944 qui semble
avoir été envoyé à Claude de Baissac. Le
colonel Buckmaster y fait référence à l'entretien
qu'il a eu avec les parents de Jean lors de son passage à Bordeaux.
Cette lettre fait un éloge vibrant de Jean, et se termine sur
l'attente impatiente de sa libération afin de lui rendre les
honneurs qu'il a mérité des nations alliées (149)
.
5 juin 1945 : lettre de Louis Jousset
à André Renaud-Dandicolle. Cette lettre répond
à un courrier du 13 mai que celui-ci lui avait adressée.
Louis Jousset confirme qu'il a bien été établi
que Jean avait été conduit à Tréprel, puis
à la Gestapo de Martigny. Il y a eu des exécutions à
Martigny, mais aussi ailleurs. Un courrier du 11 juin de J. Delame à
André Renaud-Dandicolle confirme les propos de Louis Jousset,
sauf en ce qui concerne le passage de Jean au château de Tréprel.
Jean aurait donc été conduit directement de la Milvaudière
à Martigny, transporté par la même voiture amphibie
que celle dans laquelle il avait été vu à Pierrefitte.
Ainsi que l'on verra, les témoignages faisant état de
la présence de Jean à la Gestapo de Martigny seront mis
en doute lors du voyage de juillet d'André Renaud-Dandicolle
en Normandie.
2 juillet 1945 : note du Major de Baissac
à Vera Atkins. " Je pense que le temps est venu d'ôter
toutes illusions que peut encore avoir la famille du susmentionné
[Jean Dandicolle] sur un possible retour. Mais, avant d'écrire
à son père, je souhaite vérifier avec vous qu'il
n'y a eu aucune nouvelle de lui. Je devrais également savoir
si une action quelconque a été entreprise pour suivre
l'unité de la Wehrmacht qui est censée l'avoir capturé.
Par leur intermédiaire, si cela se peut, nous devrions pouvoir
reconstituer ce qui s'est réellement passé. Une autre
source d'information possible est M. Grosclaude ou sa femme s'ils peuvent
être trouvés. Ainsi que vous le savez, je considère
Jean comme le meilleur homme avec lequel j'ai jamais travaillé.
Je suis très désireux de ne laisser aucune zone d'ombre
pour savoir ce qui lui est réellement arrivé. ".
Du 6 au 20 juillet 1945, M. et Madame
André Renaud-Dandicolle font un déplacement en Normandie
dans le but de trouver des éléments nouveaux sur la disparition
de Jean. A cette occasion, ils rencontrent et accompagnent Monsieur
Pélissard qui mène l'enquête. Ils vont à
la ferme de Madame B. qui abritait en juillet et août 1944 la
Gestapo qui venait de se replier d'Argences. De nombreuses exécutions
ont eu lieu à proximité, les corps étant enfouis
dans des trous d'obus. Il sera procédé à l'arrestation
d'un nommé O. qui était membre français de la Gestapo
de Martigny, et membre de l'équipe d'Albert von Bertoldi (ou
Herbert von Berthold). Rien de concret ne sortira de ces interrogatoires.
Il semble acquis qu'il n'y a pas eu
de confrontation entre Jean et les Grosclaude : ces derniers ne sont
pas passés par la ferme de Martigny. Quand à Jean, deux
témoins disent l'y avoir vu le 7 juillet au soir, mais leur témoignage
est mis en doute par le commissaire Pélissard. Jean aurait transité
par le château de Tréprel à peu de kilomètres
à l'est de Pierrefitte-en-Cinglais. Ceci résulte du témoignage
de la famille Bobillard qui a vu passé Jean le 7 juillet vers
midi, vers le château de Tréprel et retour, fortement encadré
dans une voiture allemande. Jean avait la tête bandée et
ses grands cheveux noirs flottaient au vent.
Un ordre de mission sera délivré
par le Commissaire de la République de Rouen à l'intention
du Préfet du Calvados en vue d'effectuer des fouilles sur le
lieu des exécutions à proximité de la ferme B.
Seuls cinq trous d'obus seront fouillés et huit corps découverts.
Les fouilles cesseront, sur ordre de la gendarmerie, dès le départ
d'André Renaud-Dandicolle le 18 juillet. Il sera également
recueilli les témoignages de Madame Nerich, voisine des Grosclaude,
et de Madame Bréard habitant Pierrefitte. Il en résulte
que les SS sont toujours à la ferme Nerich le matin du 8 juillet
1944 : ils se préparent à interroger une femme et deux
hommes dont un officier anglais. Cependant, Madame Nerich n'a pas vu
Jean : où a-t-il été interrogé ? Quant à
Madame Bréard, elle déclarera avoir vu passer le 9 juillet
1944 un jeune homme, la tête bandée, dans un side-car,
mais ne précise pas formellement qu'il s'agit de Jean. Elle indique
également qu'un planton lui a déclaré que ses officiers
avaient beaucoup de travail car ils étaient partis fusiller deux
hommes et une femme.
Les conclusions d'André Renaud-Dandicolle
sont que Jean aurait été arrêté par hasard
et que son cas aurait été rattaché à celui
de la ferme Grosclaude du fait de sa proximité. Il paraît
cependant curieux, dans ces circonstances, qu'il n'y ait pas eu de confrontation
avec les Grosclaude. Jean ne serait pas passé entre les mains
de la Gestapo : ce sont les SS qui auraient décidé de
son sort.
Les parents de Jean pensent que seul
un miracle pourrait leur rendre leur fils. André Renaud-Dandicolle
note en conclusion de son rapport de voyage en Normandie avoir reçu
le 7 août également un courrier de Madame Saint-Clair,
de Londres, indiquant que Jean aurait été vu vivant quelques
jours avant le 8 mai 1945 (150)
. On peut imaginer la somme d'angoisse et d'espoir que soulève
cette nouvelle alors que la mort de Jean en Normandie était quasiment
acquise.
Le 7 août 1945, André Renaud-Dandicolle
s'adresse au service des prisonniers de guerre et des pertes à
Curzon House à Londres. Après avoir retracé brièvement
les faits que nous connaissons, André Renaud-Dandicolle fait
état des recherches auxquelles il a procédées dans
le secteur Caen - Falaise et de la conviction quasi certaine qu'il a
acquise sur la foi du témoignage de nombreux témoins que
Jean a été tué soit par la Gestapo, soit par l'unité
occupant la région, c'est-à-dire la division SS Adolf
Hitler. Il indique avoir reçu à Bordeaux la visite des
chefs de Jean, le colonel Buckmaster et le commandant de Baissac, et
avoir demandé au Captain C. N. Grieve de se renseigner. Enfin,
André Renaud-Dandicolle a demandé au Consulat britannique
à Bordeaux de contacter directement le War Office par l'intermédiaire
de l'Ambassade à Paris. André Renaud-Dandicolle se plaint
de n'avoir reçu aucune réponse définitive sur le
fait de savoir si son fils est vivant ou non. Il propose enfin de se
rendre à Londres pour avoir un entretien avec les services du
Ministère (151)
.
En septembre 1945, André Renaud-Dandicolle repart, seul cette
fois, à Paris puis à Londres, pour rencontrer les Saint-Clair
et obtenir des précisions sur le courrier du 7 août précédent
qui leur a apporté un espoir fou. A Paris, il rencontre le capitaine
F.W. Hazeldine ayant connu Jean à Paris et à Londres en
1943 et 1944. Cet officier douche les espoirs des Renaud-Dandicolle
en affirmant que Jean n'a jamais été vu vivant début
mai 1944, qu'il était toujours à considérer comme
disparu et que les recherches continuaient.
André Renaud-Dandicolle est à
Londres du 8 au 11 septembre où il rencontrera notamment monsieur
et madame Saint-Clair, servant dans les services spéciaux et
ayant accueilli Jean à plusieurs reprises lors de ses séjours
londoniens. Ce couple tient le renseignement au sujet de Jean de personnes
travaillant au service des prisonniers de guerre. Le 11 septembre, avant
de rencontrer André Renaud-Dandicolle, madame Saint-Clair n'hésite
pas à lui dire qu'elle va avoir de très bonnes nouvelles
à lui donner. Elle remet une note indiquant que si Jean est encore
vivant, il serait aux mains des Russes. Madame Saint-Clair ajoutera
: " Assurez votre femme qu'elle reverra de toutes les façons
son fils ". Il semble cependant que Jean n'ait pas été
employé à des missions spéciales pour le compte
des services spéciaux anglais et qu'il n'y ait pas eu une consigne
de silence particulière.
Le 11 septembre après-midi, André
Renaud-Dandicolle rencontre Vera Atkins : celle-ci émet des doutes
sur le fait que Jean soit vivant. Il toujours considéré
comme disparu depuis juillet 1944. Elle indique qu'il a été
toujours retrouvé des traces des agents arrêtés.
Ceux-ci ont été amenés en captivité en Allemagne
en passant par Fresnes et Compiègne. On sait qu'un certain nombre
a été exécuté dans les camps avant la fin
de la guerre. Certains seraient en Russie sans que l'on sache pourquoi
les Russes ne les renvoient pas. Il ressort des enquêtes effectuées
sur place qu'il n'y a aucune mention du lieutenant Danby dans les archives
retrouvées. André Renaud-Dandicolle lui remet une copie
de son dossier d'enquête en Normandie.
A la suite de ce rendez-vous, André
Renaud-Dandicolle rencontre les de Baissac. Claude confirme l'absence
de trace de Jean en Allemagne. Il confirme également que les
termes de la lettre du colonel Buckmaster en date du 8 janvier 1945
(152) adressée
aux parents de Jean étaient dictés par l'espoir : "
Nous attendons impatiemment le jour de sa libération [
]
". Ceci peut expliquer la cérémonie de remise de
la Military Cross aux parents de Jean en décembre 1944 par le
roi George VI. Cette décoration, semble-t-il, ne peut être
décernée à titre posthume. A cette date de décembre
1944, Jean est supposé toujours vivant, vraisemblablement prisonnier,
ce qui ne s'oppose pas à l'octroi de cette décoration.
Le décès présumé de Jean sera reconnu en
mai 1946 (153)
.
En conclusion de son entretien avec
Claude de Baissac, André Renaud-Dandicolle demande à ce
que les recherches soient activées du côté russe
et en Allemagne auprès des survivants de la Division SS Leibstandarte
Adolf Hitler.
Le 12 septembre 1945, de retour à
Bordeaux, André Renaud-Dandicolle ne peut que constater que ce
voyage n'a apporté aucun éclaircissement sur le sort de
Jean : l'espoir fondé sur les assertions de Madame Saint-Clair
s'est révélé vain. La piste allemande n'a rien
donné : Jean est porté disparu depuis juillet 1944. On
en revient aux enquêtes menées en Normandie qui elles-mêmes
n'ont donné aucun résultat tangible, si ce n'est une connaissance
plus précise des conditions de l'arrestation.
Le 26 janvier 1946, André Renaud-Dandicolle
s'adresse aux services du War Office à Liverpool dont les coordonnées
lui ont été transmises par Mme Vera Atkins. Vera Atkins
a procédé après la guerre à de nombreuses
enquêtes pour tenter de clarifier le sort des agents du SOE qui
avaient disparu. Dans ce courrier, André Renaud-Dandicolle fait
état des recherches auxquelles il a procédé en
Normandie et des rapports qu'il a remis à Vera Atkins lors de
leur rencontre à Londres en septembre 1945. André Renaud-Dandicolle
joint à son courrier des éléments qu'il a relevé
sur la tombe de l'un des allemands tué par Jean le 7 juillet
1944, et indique que les allemands en question appartenaient à
la division SS Adolf Hitler. Il se déclare prêt à
se rendre en Allemagne pour interroger les survivants de cette division,
et propose de les ramener en Normandie sur place. Il joint enfin une
copie d'une lettre du colonel de Jean (datée de janvier 1945)
dans laquelle il [le colonel Buckmaster] admire le courage flamboyant
et sa ferme détermination et complète dévotion
à la France et à la cause alliée .
Les parents de Jean seront informés
officiellement du décès présumé de Jean
par un courrier du War Office en date du 24 mai 1946 (155)
. Le Roi leur fera parvenir ses condoléances (155)
.
Un témoignage d'Henri Lampérière
fait état d'un résistant bordelais déporté
de février à août 1944 à Buchenwald ; il
aurait croisé un compagnon qui se faisait appeler Jean Renaud-Dandicolle.
André Renaud-Dandicolle n'a pas trouvé de trace de son
fils dans ce camp (157)
.
¯ ¯ ¯
REVUE DE PRESSE
Au cours de cette recherche, des copies
d'articles m'ont été données ou me sont parvenues.
Certaines de leurs informations sur les évènements ont
été utilisées dans le texte qui précède.
Ces articles émanent de journaux paraissant à Bordeaux
et en Normandie. Il y en a peut-être d'autres
Je m'attache
davantage ici à ce qui a sous-tendu ces articles, en Normandie
notamment puisqu'une polémique sur les causes de la fin de Jean
et du Maquis de Saint-Clair se déroula en 1947 et a laissé
des traces qui seront évoquées plusieurs années
plus tard.
A Bordeaux et dans la région
o La Nouvelle République de Bordeaux et du Sud-Ouest (samedi
29/6 - dimanche 30/6/1946) : la rue du Hautoir est rebaptisée
'rue Jean Renaud-Dandicolle'.
o Le Résistant (vendredi 6 septembre 1946) : dans la rubrique
'Livre d'or de la Guerre et de la Résistance, commune de Saint-Germain-du-Puch',
est présenté une courte biographie de Jean, " 21
ans, lieutenant parachutiste capturé par l'ennemi. Sans nouvelle.
Présumé déporté ou fusillé. Mort
pour la France. "
o La Flamme Républicaine (n° 21 du 14 septembre 1946) : article
écrit à l'occasion de l'attribution de son nom à
une rue de Bordeaux, un article sur une colonne et deux pages présente
les grandes lignes de l'action de Jean de 1942 à juillet 1944
et les circonstances de son arrestation. Il est rappelé que Jean
a reçu la Military Cross à titre posthume des mains du
roi George VI.
o Sud-Ouest (10 décembre 1946) : sous le titre 'Une pure figure
de la Résistance : Jean Renaud-Dandicolle' l'auteur (F.L.) retrace
la carrière de Jean. Cet article contient des affirmations que
je n'ai pu vérifier à ce jour : création à
Paris en janvier 1944 d'un groupe qui porte son nom de guerre, liaisons
en Bretagne. L'auteur indique que la Croix de la Libération a
été attribuée à Jean, ce qui n'est pas le
cas.
o La Flamme Républicaine du Sud-Ouest (samedi 14 décembre
1946) : l'article reprend les grandes lignes de celui paru dans Sud-Ouest
(voir ci-dessus). Il est fait mention également du groupe 'Jade'.
En Normandie
Outre les relations annuelles des cérémonies qui se déroulent
le premier dimanche de juillet à Pierrefitte-en-Cinglais et au
monument de Saint-Clair, j'ai relevé :
o La Voix
du Bocage (16, 23 et 30 août 1946) publie une
série de trois articles 'Trompe-Souris' par Jean Darquelais :
l'auteur fait une narration du Maquis de Saint-Clair et de la fin de
Jean. Des anomalies sont à relever avec la connaissance que nous
avons aujourd'hui. Il serait intéressant de connaître les
sources de l'auteur
o La Liberté de Normandie (19 février 1947) : dans un
article intitulé 'Souvenirs de juillet 1944, La vérité
sur la tragédie de Saint-Clair ? Grosclaude n'aurait pas été
trahi', l'abbé Delacotte " croi[t] et affirme que les résistants
de Saint-Clair n'ont été victimes que de leur inqualifiable
imprudence [
]. ".
Cette déclaration sera le point
de départ d'une série d'articles publiés en 1947,
d'abord en 'droit de réponse' à l'abbé Delacotte,
puis à l'occasion de l'inauguration du monument de Saint-Clair
:
o La Liberté de Normandie (26 février 1947) : 'La tragédie
de Saint-Clair, Une sévère réponse à l'abbé
Delacotte'. Article écrit par le Comité du Monument aux
Fusillés de Saint-Clair en réponse à celui de l'abbé
Delacotte paru la semaine précédente. La citation attribuant
la Military Cross à Jean est utilisée pour démontrer
la valeur des résistants de Saint-Clair. Je ne sais pas si cet
article a fait l'objet d'une réponse.
o La Liberté de Normandie (14-15-16 mars 1947, n° 765, 766,
767) : sous le titre 'L'Histoire de la Résistance, le mystérieux
" Capitaine Jean "'. Ces articles, écrits également
en réponse à celui de l'abbé Delacotte, sont signés
par Henri Lampérière. Il retrace la carrière de
Jean depuis 1942. Rappelons que l'arrestation d'André Grandclément
est intervenue après le départ de Jean, et qu'elle n'en
est pas la cause comme cela est présenté dans l'article
en question. Après avoir vanté les vertus des résistants
de Saint-Clair et celles de ceux qui sont disparus, H. Lampérière
indique que les recherches entreprises, y compris dans les camps allemands,
sont restées vaines. Les propos à l'encontre de l'abbé
Delacotte et de sa prise de position sont représentatifs de l'émotion
dont il est l'origine.
o Calvados Libre publie sur quatre numéros (n° 11 à
14, 14 mars au 10 avril 1947) une histoire du Maquis de Saint-Clair
en réponse à l'article de l'abbé Delacotte. Il
faut signaler des erreurs sur l'enchaînement des faits l'ayant
amené à quitter Bordeaux. Cependant, nous y apprenons
que Jean installe son PC chez les Grosclaude le 4 juin, que les groupes
de Bretteville-sur-Laize fusionnent le 10 juin, que Jean est blessé
en tentant d'échapper à l'allemand qui l'a arrêté.
L'auteur de l'article raconte le report du premier parachutage à
Saint-Clair, les déplacements de Jean avec 'Paulette', les instructions
pour les destructions à opérer lors de l'annonce du débarquement,
les évènements lors du retour du moulin des Loges après
la tentative de repli du groupe, les instructions pour la réception
de troupes aéroportées. L'auteur bien renseigné
est Henri Lampérière.
o O de Falaise (7 juillet 1947) : relation des cérémonies
qui se sont déroulées lors de l'inauguration du monument
érigé " aux héros du maquis de Saint-Clair
". A l'occasion de la cérémonie au monument, les
survivants du groupe Le Nevez seront décorés de la Croix
de Guerre. Madame Renaud-Dandicolle recevra la croix de chevalier dans
l'ordre de la Légion d'Honneur décerné à
titre posthume à son fils ; la mère de Georges Grosclaude
recevra la Crois de Guerre décernée à son fils,
et celle d'Eugénie Grosclaude sera remise à sa belle-sur
(158) .
o Calvados Libre (édition de la semaine du 25 juillet au 1er
août 1947) relate également la cérémonie.
o BL (12 juillet 1957), article de Serge Reuss écrit à
l'occasion des cérémonies annuelles. Le rôle supposé
de Tantzer est longuement évoqué : son café, 'Le
Belvédère', n'accueillait-il pas les militaires allemands
et des gens de la Gestapo ou du S.D. ?
o Paris - Normandie (22, 23, 24 et 25-26 juillet 1970) : série
de quatre articles sous la plume de François Adeline. Ces quatre
articles sont regroupés sous le titre 'L'honneur de la France
sur les hauteurs de la Suisse normande' :
· I- --- cet article n'est pas en ma possession ---
· II- Un terrain que la stratégie des belligérants
se disputait.
· III- Après la préparation, l'heure de l'action.
· IV- Un maquis sous l'il d'un mirador.
Cette série décrit la résistance dès ses
débuts dans cette région ; de nombreux témoignages
sont relatés. Dans le deuxième article de la série,
il est indiqué que Jean a été entraîné
dans les camps d'instruction de la France Libre : ceci est erroné.
Les divers dossiers de Jean spécifient que l'instruction a été
dispensée par le SOE. Il est également question de Tanzer,
du plasticage de son café quelques jours avant l'inauguration
du monument en 1947, de la faible probabilité d'une dénonciation
: Henri Lampérière n'affirme-t-il pas que dans ce cas
la Gestapo se serait déplacée ?
Un point important est à noter
à l'issue de la lecture de ces quelques articles : autant les
documents d'archives placent d'une manière relativement constante
les évènements de Saint-Clair le 7 juillet, autant ces
articles, à l'exception de celui de Serge Reuss dans BL, et les
témoins situent les faits le 8 juillet. De même, il est
unanimement admis que Jean a été vu le lendemain de son
arrestation : les services de l'état-civil l'ont déclaré
décédé le 7 juillet.
In memoriam
Ce qui précède est consacré
à Jean Renaud-Dandicolle et est destiné à ses cousins
qui sont encore aujourd'hui dans l'ignorance de ce que fut l'activité
de Jean durant cette période. Il ne saurait cependant être
question de passer sous silence ceux qui ont vécu ces mois de
1944 à ses côtés : qu'hommage soit rendu à
ceux qui n'ont pas survécu et à ceux qui ont connu le
bonheur de la Libération.

Le monument de Saint-Clair : cérémonies
du 6 juillet 2008.( Photo T Montouroy) (159)
Thierry Montouroy
Le 08 mars 2009

Le Mémorial de Bayeux

Mémorial de Bayeux : l'inscription relative à Jean
(Panel 19 colonne 1)

Cimetière Canadien de Cintheaux : la tombe de Maurice Larcher
(XXV B5)
Liste des abréviations :
CDLR Ceux de la Résistance
FFC Forces Françaises Combattantes
OCM Organisation Civile et Militaire
SAP Service d'Action Politique
SHAT Service Historique de l'Armée de Terre
SOE Special Operations Executive
STO Service du Travail Obligatoire
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avec l'INSTITUT D'HISTOIRE DU TEMPS PRESENT (C.N.R.S.) : L'oeil et
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la clandestinité au cours du second
conflit mondial - Actes du colloque tenu à Paris les 21,
22, 23 novembre 1984. Editions Erès,
1986.
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http://beaucoudray.free.fr/bocage.htm
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http://www.courriermayenne.com/article.php?id=4408
(réseau 'Navarre')
http://speranzacalo.blogspot.com
(maquis de Saint-Mars-du-Désert)
http://fondationresistance.org/actualités/activite36.htm
http://www.rene-nodot.org/
http://jacques-vico.fr
Sur le SOE :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Renaud-Dandicolle
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_r%C3%A9seaux_de_la_section_F_du_SOE
http://fr.wikipedia.org/wiki/liste_des_agents_du_SOE
http://en.wikipedia.org/wiki/Special_Operations_Executive
http://en.wikipedia.org/wiki/list_of_SOE_establishments
http://alliedspecialforcesassociation.org/
http://home.ca.inter.net/~hagelin/georges-begue/archives.html
http://soe_french.tripod.com
http://members.aol.com/HLarroque/soeindex.htm
(le SOE et le
mémorial de Valençay)
Autres sites
http://ffi33.org/reseaux/jadealicol.htm (réseau 'Jade-Amicol')
http://army.cz/images/id_7001_8000/7419/assassination.en.pdf
www.plan-sussex-1944.net/francais/pdf/infiltrations_en_france.pdf
(document de Robert Body et consorts " Tentative de reconstitution
de l'historique des infiltrations d'agents en France de 1941 à
1945 " ; consultation du 28/01/2009)
ORGANISMES CONSULTES
Archives Départementales du Calvados
Centre National Jean Moulin, Bordeaux
Service Historique de la Défense, 'Bureau Résistance'
à Vincennes
The National Archives, Kew
REMERCIEMENTS
Mmes Françoise Cazaux, Henri
Lampérière, Denise Vauvert
MM. J.C. Dresch, J.P. Dubreuil, J.P. Couriol, Fabrice Dury, Durand (Mairie
de Saint Germain du Puch), Louis Bertrand, Guy d'Estribaud, Marcel Jaurent-Singer,
Jean Jousset, Jacques Thiery, Jean-Michel et Monique Placide, Jacques
Vico
Notes
1 - Photo de Jean (Kew, dossier personnel HS9/391/7). Sauf indication
contraire, les photos sont de T. Montouroy.
2 - Dossiers de Jean au SHAT, Bureau " Résistance "
et au Centre National Jean Moulin, dossier 8-37.
3 - Dans " La Résistance Normande face à la Gestapo
", p. 140.
Le réseau 'Jade-Amicol' est actif dès octobre 1940 : G.
Penaud, opus cité p. 15. Voir aussi l'ouvrage de D. Lormier p.
49 et suivantes. Selon M. Jacques Loiseau, le réseau 'Jade-Amicol'
n'aurait rien à voir avec 'Jade' ; Jean ne figure pas sur les
listes d'effectifs préparées par le capitaine Moniot à
la Libération (entretien téléphonique d'octobre
2008). Le dossier de Jean au Centre National Jean Moulin à Bordeaux
n'apporte aucune précision à ce sujet.
5 - A priori, Claude de Baissac n'a rien à voir avec 'Jade' :
il est envoyé par le SOE pour développer le réseau
'Scientist' dont les bases avaient été posées par
le lieutenant Robert Leroy. Roger Landes était le radio du réseau
envoyé en remplacement de Henri Peulevé grièvement
blessé lors de son parachutage avec C. de Baissac (MRD Foot,
opus cité p.179 et 180.
6 - SHAT, idem.
7 - Guy Penaud, opus cité p. 52 et 53.
8 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note du War Office du 28 novembre
1944 pour la recherche d'un prisonnier de guerre.
9 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note du War Office du 28 novembre
1944 pour la recherche d'un prisonnier de guerre.
10 - Le départ a été organisé par H. Déricourt
sur un terrain de la région de Poitiers. Claude de Baissac partira
avec Antelme, Flower et un opérateur radio à bord de deux
Lysander (M.R.D. Foot, opus cité page 260). H. Verity ajoute
qu'il s'agit de l'opération 'Trainer', au sud de Poitiers à
4,5 kilomètres au nord de Marnay.
11 - Pour de plus amples détails, voir l'ouvrage cité
de René Terrisse.
12 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note du Major-Général
Gubbins du 8/12/1945.
13 - Dossier personnel de Claude de Baissac, Kew, HS9/75. Mémo
du 1er septembre 1943 de F/Recs à F, FB, FM, FP, FL, p. 2.
14 - Témoignages de MM L. Gerbaud et JC Dresch en juin 2008.
15 - Dans " La Résistance Normande face à la Gestapo
", p. 140.
16 - Page 359 de l'édition 2004 chez F. Cass Publisher
17 - L'avis de recherche du 28 novembre 1944 (p. 2 n° 3) indique
que les parents de Jean ont été emprisonnés par
la Gestapo qui avait des doutes sur de possibles relations avec Jean
(Kew, dossier personnel de Jean HS9/391/7). Il existe au Centre Jean
Moulin à Bordeaux une photo non datée d'André Renaud-Dandicolle
entouré d'allemands devant une porte de cellule au fort du Hâ.
A. Renaud-Dandicolle peut cependant avoir été photographié
dans le cadre de ses fonctions de Consul Général du Nicaragua.
18 - G. Penaud, opus cité.
19 - Dossier de Jean, SHAT, Bureau " Résistance ",
renseignements complémentaires fournis par André Renaud-Dandicolle.
20 - Témoignage de JC Dresch le 23 août 2008 (propos recueillis
de M. Salomon, ancien maître de chai du Grand-Puch).
21 - Cités par R. Terrisse dans son ouvrage : rapport de l'inspecteur
Roger Laffargue n° 2236 du 27/ 07/1943 et rapport (Poinsot ?) n°
1858 du 30/07/1943).
22 - Il semblerait, d'après A. Calmette, que les allemands aient
également remonté la filière par des agents infiltrés
dans des maquis de Corrèze en relation avec les réseaux
de Bordeaux.
23 - D'après un texte de Madame M. Fontaine communiqué
par J.P. Dubreuil.
24 - Dossier personnel de C. de Baissac, Kew, HS9/76. Interrogatoire
de C. de Baissac du 25/08/1944, p. 6.
25 - M. Jaurant-Singer, courrier du 4/1/2009, et MRD Foot, op. cité.
26 - Selon le dossier 8-37 au Centre National Jean Moulin, cette photo
aurait été prise en Angleterre.
27 - La 5ième édition française de l'ouvrage d'H.
Verity mentionne les deux opérations mais ne cite pas le nom
de Jean.
28 - Synthèse mission n° 2, p. 2, Kew, HS9/76.
29 - Dossier personnel de Claude de Baissac, Kew, HS9/76 : note du 22/07/1944
du Major Bourne-Paterson. Dans cette note, le Major répond aux
critiques auxquelles Claude de Baissac a du faire face à son
retour (note LSF/1311 du 16/07/1944), en rappelant le peu de temps dont
disposait C. de Baissac avant le débarquement pour organiser
une zone comprenant six départements. Cette note LSF/1311 indique
que courant juin, la forêt de Cinglais (quelques kilomètres
au nord de Saint-Clair) était utilisée comme camouflage
par des troupes SS.
30 - Il n'a pas été possible pour l'instant de trouver
ce document. Le M.I.5 n'a pas répondu à ma demande de
renseignement. Les archives de ce service pendant les années
de guerre ont également été déposées
à Kew sous les séries KV : la liste consultable sous Internet
ne permet pas d'identifier le dossier qui pourrait contenir l'interrogatoire
de Jean. Pas de trace dans la série WO308.
31 - Selon courriers de Monsieur Jaurant-Singer des 4 et 14/1/2009.
C'est à Monsieur Jaurant-Singer que je dois l'interprétation
des sigles utilisés dans le dossier de Jean.
32 - D'après le témoignage de M. Marcel Jaurant-Singer
de décembre 2000, inséré dans un article sur Jean
paru dans Wikipedia rédigé par Fabrice Dury.
33 - Selon les notes d'André Renaud-Dandicolle relatives à
son voyage à Londres de septembre 1945. M. Jaurant-Singer indique,
pour sa part, Onslow Court Hotel, Queen's Gate, South Kensington, SW7.
34 - Dossier personnel de Jean, Kew. F Section, pro forma du dossier
D.24
35 - Le nom de jeune fille est en réalité Gurchy, possible
déformation de Churchill. Cette orthographe ne se trouve pas
dans la généalogie de la famille aussi loin qu'elle a
pu être faite à ma connaissance.
36 - Special Training School : désigne les centres d'entraînement
du SOE. Wikipedia propose une liste de ces centres d'entraînement.
37 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
38 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note du War Office du 28 novembre
1944 pour la recherche d'un prisonnier de guerre. Il semble qu'il ait
été également diffusé en septembre et décembre
1943, et en mars plutôt qu'en avril selon le compte-rendu d'André
Renaud-Dandicolle sur son voyage londonien de septembre 1945 (document
au Centre National Jean Moulin à Bordeaux).
39 - Selon le témoignage cité de M. Jaurant-Singer, Jean
pensait partir le lendemain en France. Les mauvaises conditions météo
retarderont ce départ pendant deux mois encore. Cela semble difficilement
compatible avec le fait que Jean n'avait a priori pas encore fait son
stage de parachutisme. Est-il concevable qu'il soit renvoyé aussi
tôt en France ? Le stage STS25 a-t-il été suivi
du fait du report du départ, ou bien était-il programmé
dès le début de l'entraînement de Jean ?
40 - Selon les notes d'André Renaud-Dandicolle relatives à
son voyage à Londres de septembre 1945.
41 - STS52.
42 - Extrait de l'ouvrage de Burian relatif à l'entraînement
des agents tchécoslovaques en 1941 et 1942.
43 - Armes & Militaria, n° 273 et 275 d'avril et juin 2008.
44 - Unpara/gazette/2003_08
45 - Rapport de Lise de Baissac du 13 novembre 1944 (Kew HS6/567)
46 - D'après R. Body, elle est accompagnée de Philippe
de Vomécourt et de Arnaud de Vogüé. Même information
dans l'ouvrage d'H. Verity.
47 - 48 - 49 - sans objet
50 - Sources : interrogatoire du 05/12/1945 de Jacques Poirier, numéro
de série P/F/23 (Kew, HS9/1196/9) ; rapport dactivité
non daté de René Pontier, référence SAP/R4
figurant dans le dossier de G. Hennebert alias Baron (SHD/
Bureau Résistance/ DIMI-BCRA). Voir aussi au sujet du terrain
Chénier le site http://genealogie.cantalpassion.com/drop_zone.htm
qui relate lhistorique du terrain et le parachutage de la nuit
du 28/29 janvier 1944 (le dossier de G. Hennebert contient une copie
du message informant du changement de nom du terrain de Chénier
en Virgule. Voir aussi au dossier de Claude de Baissac le
rapport non daté sur la mission de février à août
1944, p. 1 : « RENE, parachuted ten days ahead of me, on a ground
where he was not even expected, in the middle of a Correze Maquis [
]
» (Kew, HS9/76) et le dossier de Jean (HS9/391/7). Parmi les autres
agents parachutés cette nuit-là, figure André Jamme
alias Faucille parachuté dans le cadre de la mission
Paul 9. Cette opération était initialement
prévue dans la nuit du 27 au 28 janvier mais a été
décommandée.
51 - Bloc Gazo est le nom courant dune usine de fabrication
de gazogènes, la "Société dExploitation
des Procédés ARNOUILH", dont Maurice Arnouilh est
propriétaire. Le siège se trouve avenue de la Gare à
Brive. Le P.C. de lorganisation sy installe et son directeur
commercial nest autre que le major britannique John Peulevé.
(daprès http://pointer.site.voila.fr/R5.htm
).
52 - D'après l'allocution du Président de l'amicale OCM-Réseau
Navarre Nord-Est Mayenne au monument de Saint-Clair le 6 juillet 1997.
53 - L'équipe de Claude de Baissac est parfois présentée
comme celle des Français de l'Île Maurice. Si Claude et
Lise de Baissac et Maurice Larcher sont effectivement nés dans
cette île, Jean est né à Bordeaux. Je ne sais rien
d'une éventuelle ascendance mauricienne de la famille Renaud-Dandicolle.
(Unpara/gazette/2003_08).
54 - Dossier personnel de Jean, Kew. Lettre de André Renaud-Dandicolle
du 7 août 1945 adressée à un service de recherche
sur les prisonniers de guerre et disparus.
55 - Maurice Larcher est né le 23 janvier 1922 à l'Île
Maurice et est de nationalité anglaise. Il est resté dans
les Forces Territoriales Mauriciennes du 19 janvier 1942 au 13 mars
1943. Il a rejoint l'Angleterre avant le 12 septembre 1943, date à
laquelle il a signé son engagement de confidentialité.
Il semble avoir été engagé le 23 décembre
1943, General List, sous le numéro 306766 (dossier personnel,
Kew, HS9/890/1).
56 - Dossier personnel de Jean, Kew : note du War Office du 28 novembre
1944 pour la recherche d'un prisonnier de guerre. C'est, semble-t-il,
la seule pièce mentionnant la Bretagne dans la zone d'action
de Jean. Tout ce que j'ai pu lire concerne la Normandie.
57 - De Françoise Cazaux (le5/04/2008) : sa mère (Marguerite
Gurchy), qui était dans la résistance, a rencontré
Jean à deux reprises en Bretagne. Outre le témoignage
de F. Cazaux, Michelle Fontaine est la seule à relater des déplacements
de Jean en Bretagne, en juillet - août 1943, avant son départ
pour l'Angleterre. Sud-Ouest (édition du 10/12/1946) fait également
état de mission en Bretagne. Cependant, rien ne vient confirmer
qu'il y soit allé en 1944.
58 - Remy dans " Mémoires d'un agent secret de la France
Libre ", tome 3 p 25.
59 - Voir Beaucoudray, page ptt.htm
60 - Selon le témoignage d'André Le Nevez dans l'article
de Paris - Normandie du 23/07/1972, la prise de contact avec Jean aurait
eu lieu le 3 février. Cela semble cependant en contradiction
avec la date fournie par Henri Le Veillé.
61 - "Histoire du maquis de Saint-Clair", Henri Lampérière,
1982, p 19. Voir aussi "La Résistance Normande face à
la Gestapo", Raymond Ruffin, Presses de la Cité 1977, p
139-140, le DVD édité par l'AERI sur la Résistance
dans le Calvados, les actes du colloque de novembre 1984 du Comité
d'Histoire de la Poste et des Télécommunications, p. 151
et 157. Voir aussi le rapport d'Henri Le Veillé à Henri
Michel en date du 10 mai 1956 (fonds Michel Fontaine).
62 - Actes du colloque de novembre 1984 du Comité d'Histoire
de la Poste et des Télécommunications, p. 442.
63 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, p. 1, Kew HS9/76.
64 - D'après les notes d'André Renaud-Dandicolle, 2ième
voyage en Normandie 6-20/07/1945.
65 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, p. 1, Kew HS9/76.
66 - Site de Beaucoudray, page bocage.htm. Ou du secteur de Mayenne,
Bais étant situé à quelques kilomètres de
cette ville.
67 - D'après l'allocution du Président de l'amicale OCM-Réseau
Navarre Nord-Est Mayenne au monument de Saint-Clair le 6 juillet 1997.
68 - Maurice Larcher était opérateur radio pour le réseau
'Scientist' et travailla pour celui-ci du 2 mars au 4 juin 1944 avant
d'être détaché auprès de Jean pour le réseau
'Verger' (dossier personnel de Maurice Larcher, Kew, HS9/890/1). Le
rapport de mission établi par Claude de Baissac place ce transfert
après mars, mais ne spécifie aucune date (HS9/76).
69 - Docteur Janvier, ouvrage cité.
70 - R. Ruffin, opus cité, p. 63, au sujet du village de Montchamp.
71 - D'après H. Lampérière et d'après le
dossier d'homologation du Maquis de Saint-Clair.
72 - Pour un historique résumé du maquis de Beaucoudray,
voir R. Ruffin dans 'Normandie 1939 - 1944', p. 197 et 198.
73 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, p. 1, Kew HS9/76. Selon le docteur Janvier, l'installation
de Maurice Larcher aurait eu lieu quelques jours avant l'arrivée
de de Baissac le 10 avril 1944.
74 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
75 - Selon un article sur le réseau 'Navarre' consulté
sur Internet le 26/12/2007. Voir aussi le texte du docteur Janvier.
76 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note du War Office du 28 novembre
1944 pour la recherche d'un prisonnier de guerre.
77 - Dossier personnel de Jean, Kew. Note de proposition pour l'attribution
de la Military Cross. Voir aussi HS9/890/1 sur la date de rattachement
de Maurice Larcher spécifiquement à Jean qui paraît
être le 4 juin.
78 - R. Ruffin, opus cité, p. 64
79 - Selon unpara - gazette 2003-03. Le Mont du Saule est au nord-est
de Mayenne. R. Body qu'il s'agit de la mission Carpetbaggers n°
317.
80 - Phyllis Latour, MBE, Croix de Guerre avec palme, est d'origine
sud-africaine. Elle était sous-officier dans les WAAF.
81 - Code ou signature 'Plusfours'.
82 - Selon MRD Foot, P. Latour a été parachutée
dans la nuit du 23 au 24 mai 1944. Opus cité p. 417. Le dossier
personnel de P. Latour (HS9/888/9) confirme le parachutage dans la nuit
du 1er au 2 mai 1944.
83 - Site de Beaucoudray, page consacrée au réseau 'Action
PTT'.
84 - De Monsieur Fillatre à André Renaud-Dandicolle (notes
du voyage de André Renaud-Dandicolle en Normandie, 6-20 juillet
1945) ;
85 - R. Ruffin, opus cité p. 158. Voir aussi le site de Beaucoudray.
Une séquence du film 'Le Mur de l'Atlantique' avec Bourvil fait
la synthèse de cet épisode (pour la date) et de celui
qui s'est déroulé en mai 1942 quand M. Duchez a récupéré
la carte présentant le projet d'aménagement du Mur de
l'Atlantique entre Cherbourg et Honfleur dans les bureaux de l'Organisation
Todt (Caen) qu'il était venu repeindre.
86 - H. Lampérière donne le deuxième membre du
message dans un témoignage indépendant de son historique
du Maquis de Saint-Clair.
87 - Témoignage de Georges Bernier.
88 - H. Lampérière, p. 19.
89 - Opus cité, p. 140 et 141.
90 - Page Gestapo.htm
91 - D'après les témoignages de G. Bernier, L. Bertrand,
J. Jousset.
92 - Interrogatoire d'André Le Nevez du 18/08/1944, HS9/76.
93 - Cette relation, qui diffère dans le calendrier de celle
du docteur Janvier, est issue du compte-rendu d'interrogatoire de Claude
de Baissac en date du 25 août 1944, page 2 (Kew, HS9/76). Claude
de Baissac situe l'origine de cette affaire comme étant la conséquence
d'une erreur de parachutage le 1er ou le 2 mai.
94 - Interrogatoire de Claude de Baissac du 25/08/1944, p. 2. Dossier
personnel, Kew, HS9/76. Docteur Janvier, ouvrage cité.
95 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, p. 1, Kew HS9/76. Cet épisode est également
décrit dans un article de Unpara/gazette 2003_03. D'après
l'allocution du Président de l'amicale OCM-Réseau Navarre
Nord-Est Mayenne au monument de Saint-Clair le 6 juillet 1997, Claude
de Baissac aurait été à Falaise à ce moment-là.
96 - Claude de Baissac, interview du 13 novembre 1944, page 5. Le nom
de la ville n'est pas cité (Kew, HS6/567).
97 - Selon MRD Foot, annexe spéciale à la traduction française
de 'SOE in France'.
98 - Selon l'article d'Henri Lampérière paru le 14/03/1947
dans Liberté de Normandie, cette installation s'est faite le
4 juin.
99 - Selon un rapport non daté d'Henri Le Veillé à
Jacques Vico 'fonds Michelle Fontaine).
100 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, Kew HS9/76. Voir aussi docteur Janvier, ouvrage cité.
Dans le dossier de Maurice Larcher, nous trouvons la mention suivante
: " from 2.3.44 to 4.6.44, LINESMAN [Maurice Larcher] worked for
SCIENTIST [Claude de Baissac], but on the arrival of a second W/T LAMPOONER@PLUSFOUR
[Phillys Latour], he was transfered to VERGER [Jean] " (HS9/890/1
F Section, pro forma file L31 du 15.12.45).
101 - R. Ruffin, opus cité p. 141 et H. Lampérière
p. 20.
102 - Témoignage de Georges Bernier, 10 novembre 1997.
103 - Dossier personnel, Kew, HS9/890/1, questionnaire signalétique
du 20 mai 1945 et dossier pro forma L.31 du 15 décembre 1945.
104 - Selon MRD Foot, annexe spéciale à la traduction
française de 'SOE in France'.
105 - Site Beaucoudray, page bocage.htm
106 - Voir H. Lampérière et Beaucoudray, page bocage.htm
et les témoignages de G. Bernier, A. Hérécy et
Ph. Durel.
107 - H. Lampérière, p. 22. Divers témoignages
indiquent que le feu semble avoir été ouvert trop tôt
sur la tête de la colonne, permettant aux allemands de la queue
du convoi de débarquer à l'abri et de contre-attaquer.
108 - Major R. A. Bourne-Paterson dans British Circuits in France 1940
- 1944, p. 30-31 (Kew, HS7/122)
109 - Témoignage de Georges Bernier, 10 novembre 1997.
110 - H. Lampérière, p. 22 et 23. R. Ruffin, p. 143 et
144.
111 - H. Lampérière, p. 24. R. Ruffin, opus cité
p. 143. Voir aussi dossier personnel de Claude de Baissac, Kew, HS9/76.
112 - Interrogatoire de Georges Rabaud, note du 18/08/1944. Dossier
personnel de Claude de Baissac, Kew, HS9/76. Voir dans ce même
dossier la note FFI/158/DRS du 13/07/1944 qui indique une possible traversée
des lignes tout début juillet.
113 - Témoignage de J. Vico, 6 juillet 2008.
114 - Entre Argences et Crèvecoeur sur la RN 13 au lieu-dit Croissanville.
115 - H. Lampérière, p. 25. Je n'ai pas trouvé
d'autre trace de cette affaire ni dans d'autres ouvrages, ni par témoignage,
hors les souvenirs du même Henri Lampérière rédigés
plus tard.
116 - Claude de Baissac, rapport de mission, février-août
1944, p. 5, Kew HS9/76 : " [
] and because of the development
of the battle, I told RENE and VLADIMIR to come back to me.". Voir
également le compte-rendu d'interrogatoire non daté, p.
2, qui indique sans précision de date, le transfert de la responsabilité
à Jean des zones de la Manche et du Calvados, ainsi que celle
relative aux rencontres (une ou deux fois) après le débarquement.
117 - Claude de Baissac, rapport de mission, février à
août 1944, Kew HS9/76.
118 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
119 - Souvenirs d'Henri Lampérière.
120 - Témoignage de Georges Bernier, 10 novembre 1997.
121- Site de Beaucoudray, page ptt.htm et RPTT2.htm.
122 - Georges Larcher, né le 10/06/1919.
123 - MRD Foot, opus cité, p. 359.
124 - Extraits d'interrogatoires de Claude de Baissac. Dossier personnel,
Kew, HS9/76. Cette observation est datée du 20/07/1944.
125 - Avis de recherche du 28 novembre 1944. Dossier personnel de Jean,
Kew.
126 - Son avion a été abattu autour du 1er juillet 1944
(dossier personnel de Maurice Larcher, Kew, note du 8 octobre 1944 au
Sous-secrétaire d'Etat pour l'Air). Selon le docteur Janvier,
il aurait été abattu avant le 19 juin dans la région
de Falaise, et recueilli dans la région de Gesvres. Il quittera
Bais vers le 26 juin pour être conduit vers Barbery.
127 - R. Ruffin, opus cité, p.144.
128 - La famille Abavent " 60 ans après ".
129 - Ils y seront inhumés sommairement : les chaussures sortent
de terre
Leurs corps seront transférés au cimetière
de Pierrefitte le 5 octobre 1944 (Kew, dossier personnel de M. Larcher
HS9/890/1). Les dépouilles de Maurice Larcher et de Harry Cleary
seront transférées par la suite au cimetière canadien
de Cintheaux (Maurice Larcher : tombe XXV B5).
130 - D'après le récit de Roland Aumouette dans une lettre
adressée du Maroc à M. Jousset (notes du voyage en Normandie,
juillet 1945).
131 - Témoignage de Madame Vauvert, 6 juillet 2008.
132 - Selon Jean Jousset qui le tient de son père, les Grosclaude
n'ont pas été torturés.
133 - Sur le site guerre-mondiale.org
134 - Jean Quellien et Jacques Vico : Massacres nazis en Normandie,
les fusillés de la prison de Caen, Editions Charles Corlet, Condé-sur-Noireau,
1994.
135- Lors d'un entretien avec J. Vico le 24/02/2009, celui-ci indique
que la Gestapo n'était pas sur les lieux lors de l'arrestation,
mais à proximité.
136 - Entretien du 6 juillet 2008.
137 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
138 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
139 - Dossier personnel de Jean, Kew. Récapitulatif de ses états
de services.
140 - Des copies des rapports de ces voyages figurent dans le dossier
de Jean au Centre National Jean Moulin à Bordeaux. Celui concernant
le voyage de novembre 1944 est difficilement lisible.
141 - Note du 26/7/1944, appendix 'A'-SITREP n° 117. Ce rapport
était destiné à n° 1 S.F. (Buckmaster ?).
142 - Dossier personnel de Jean, Kew. Interrogatoire de Guerin, Ferdinand
et Antoine, document classé " Top secret ".
143 - L'orthographe des noms propres est tel qu'il apparaît dans
les documents consultés.
144 - Selon les témoignages de L. Bertrand, J. Jousset et J.
Vico, il n'y avait pas d'infirmière anglaise à Saint-Clair.
Il ne peut s'agir que d'une allusion à mademoiselle Sépulchre
de Condé qui soignait Faucardel dans la région.
145 - Dossier personnel de Claude de Baissac, Kew, HS9/76.
146 - Kew, HS9/890/1. F Section pro forma file L31 du 15.12.45.
147 - Selon J. Vico, ceci ne semble pas fondé (juillet 2008)
148 - Lettre du 16 novembre 1944 à mademoiselle Michelle Fontaine,
signée illisible (fonds Michelle Fontaine).
149 - Dossier de Jean, SHAT, Bureau 'Résistance'. Réf.
De la lettre F/B/713.
150 - Rapport d'André Renaud-Dandicolle en date du 15 août
1945 sur son deuxième voyage en Normandie (6-20 juillet 1945).
151 - Dossier personnel de Jean, Kew. Il s'agit de la traduction en
anglais de la lettre écrite en français.
152 - Lettre référencée F/B/713 dont la traduction
figure dans le dossier de Jean au SHAT, Bureau " Résistance
".
153 - La fiche d'état-civil de Jean indique le décès
en date du 7 juillet 1944.
154 - Dossier personnel de Jean, Kew. Il s'agit de la traduction en
anglais de la lettre écrite en français.
155 - Dossier de Jean, SHAT, Bureau " Résistance ".
Traduction de la lettre du War Office envoyée par A. Renaud-Dandicolle
au Colonel Josset, Délégué Général
FFCI par courrier du 11/06/1947.
156 - Dossier de Jean, SHAT, Bureau " Résistance ".
157 - Dans un texte du 3/06/1997 transmis par M. JP Dubreuil.
158 - Ces dernières précisions sont issues de l'article
du Calvados Libre.
159 -Le monument de Saint-Clair : cérémonies du 6 juillet
2008.